Mozart, encore Mozart, toujours Mozart; Mozart heureusement! A l'affiche cette fois: Idomeneo, re di Creta, un dramma per musica en trois actes, créé le 29 janvier 1781 au Théâtre Cuvilliés à Munich.

Idoménée, roi de Crète, n'a échappé au naufrage qu'en promettant solennellement à Neptune de lui sacrifier la première personne qui s'avancerait vers lui. Horreur: c'est son fils Idamante. Comment éviter l'accomplissement de la terrible promesse? En outre, deux femmes amoureuses se disputent Idamante: Ilia, sa prisonnière, la fille du roi Priam, et Eectre, la princesse d'Argos. Un monstre jaillira des eaux, Idamante le combattra; Ilia s'offrira au sacrifice. Neptune se laissera-t-il fléchir?

Ce qui est remarquable dans cet opera seria de Mozart, dont on s'accorde à dire qu'il est une oeuvre de maturité, c'est l'humanité déchirée de ses personnages, qui cessent d'être de grandes figures emblématiques pour (re)devenir des hommes, de pauvres hommes, en proie aux caprices du destin, aux conséquences de leurs actes, aux élans de leurs passions, et qui, dans l'intensité douloureuse de leurs décisions, dans leur volonté de s'affranchir des déterminismes, dans leur aspiration au bonheur, en arrivent à faire naître un nouveau type humain, celui des Lumières.

Yannis Kokkos est un remarquable plasticien. Ses mises en scène sont d'un élégant classicisme dont les symétries et le rythme confèrent une allure de cérémonial tragique aux soubresauts des destinées bouleversées. De grandes colonnes mobiles, qui délimitent successivement les différents lieux du récit, spatialisent les affrontements, disent la menace ou la solitude; des jeux de couleurs (celles des vêtements notamment) et de lumière apparaissent comme des transcriptions visuelles des états d'âme. Cette scénographie-là , qui est très belle aussi, révèle comment le chaos va s'ordonner et trouver un sens, revendiqué, élaboré et obtenu par et pour les hommes.

Cette cérémonie-là ne sacrifie pas aux dieux, elle consacre aux hommes.

Stéphane Gilbart

Texte en pleine page