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Aix-en-Provence, A Midsummer Night's Dream, 04/07/2015

A Midsummer Night's Dream

Il y a vingt-quatre ans, le public du Festival s’enthousiasmait pour la mise en scène par Robert Carsen du "Midsummer Night’s Dream"de Benjamin Britten. Elle est devenue légendaire, inscrite à jamais dans le souvenir de ceux qui avaient pu la vivre en direct et la considéraient comme une des plus belles réussites à l’opéra. Bernard Foccroulle, le directeur du Festival, a eu l’excellente idée de la remettre au programme. Elle suscite toujours et encore un extraordinaire émerveillement ! Cette mise en scène-là a tout compris du livret et de la partition, en a réussi une transposition scénique incroyable de justesse inventive !

L’œuvre est inspirée de Shakespeare et donne à vivre les conséquences drolatiquement funestes qu’entraînent pour des jeunes gens amoureux la querelle conjugale d’Obéron, le roi des fées, et de Tytania, son épouse, ainsi que les interventions maladroites du serviteur Puck. En contrepoint, de braves artisans répètent et présentent, à leur façon ( !), un drame mythologique, "Pyrame et Thisbé".

Robert Carsen a littéralement enchanté tout cela ! Dans sa scénographie : le plateau est devenu un immense lit aux gigantesques oreillers. Au lever de rideau du troisième acte, le spectateur, ébahi, découvre d’autres lits, suspendus. Le bleu et le vert vifs saturés sont omniprésents. Les apparitions des elfes (les jeunes chanteurs du Trinity Boys Choir) sont chaque fois réjouissantes. Le rythme de la représentation est plus qu’allègre. Les chanteurs, superbement mis en place, ne peuvent pas ne pas être d’excellents comédiens. Quelle poésie dans cet univers onirique si scéniquement concrétisé.

L’essentiel aussi est que Robert Carsen, en toute soumission créatrive, s’est absolument mis au service de l’œuvre.

En conséquence, le spectateur, si attentif au joyeux déferlement scénique, en découvre simultanément la face sonore, tout aussi savoureuse, subtile, imaginative, multiple, drôle, parodique. Se réalise alors une sorte de synthèse, l’idéal que vise toute production d’opéra : la fusion, en un même espace-temps, d’une partition, d’une mise en scène et d’une interprétation.

Cette fois encore, Kazushi Ono réussit avec son Orchestre de l’Opéra national de Lyon une lecture d’une extrême lisibilité nuancée. Une production qu’on n’oubliera pas et qu’on voudra revoir avant que vingt-quatre ans aient de nouveau passé !

Stéphane Gilbart
(Photo Patrick Berger)