Carmen

Musical workComposerDate of performancesCityCompany
CarmenBizet04/07/2017 - 20/07/2017Aix-en-ProvenceFestival d'Aix en ProvenceView performance details
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La "Carmen"de Bizet mise en scène par Dmitri Tcherniakov a été saluée au Grand Théâtre de Provence par des vagues d’applaudissements. Personnellement, comme d’autres spectateurs, j’ai divisé, réparti, nuancé mes propres applaudissements, exprimant ainsi mes sentiments contrastés par rapport à cette production.

"Carmen", on le sait, est un splendide exemple de "couleur locale"- Séville, les cigarières, la gitane, les contrebandiers, la séguedille, la corrida -, exaltée par Bizet dans la musique et les chants qui les expriment. Un "exotisme"qui finit souvent par estomper ce que cette tragédie peut avoir à nous révéler sur un désir fou de liberté (Carmen), la passion et ses emportements (Don José), la voie médiane de la raison et des beaux sentiments paisibles (Micaëla).

C’est ce que Dmitri Tcherniakov, le metteur en scène, a voulu remettre en question. Dès que la lumière se fait sur le plateau, on sait qu’on est "chez lui": comme toujours, il a installé son récit dans un lieu clos, dans un huis clos. Cette fois, une immense salle aux multiples canapés dans un espèce de grand hôtel typique de ce que l’on peut encore découvrir dans des ex-pays de l’Est. Adieu donc les rues de Séville, la taverne, les montagnes, les arènes.

Comment installer "l’espagnolade"dans pareil lieu ? En lui donnant un contexte inattendu. Ce qui se va jouer devant nous, c’est "un jeu de rôle"conjugal, une thérapie de couple ! Pour tenter de remédier à la "mélancolie"d’un mari, à sa libido fatiguée, sa femme et lui ont signé un contrat avec une société ad hoc : il va s’insérer dans la tragédie revisitée de "Carmen", pour un "jeu"dont lui – devenu Don José – sera l’axe de la représentation ! Les parties dialoguées de l’œuvre, modifiées, explicitent cette situation.
Après quelques premiers moments assez drôlement inattendus, ce point de vue m’a vite exaspéré – d’où mes applaudissements sélectifs !

Ce "concept"s’épuise en effet très vite, nous plongeant dans une sorte d’épisode de télé-réalité. Un "meneur de jeu"vient sans cesse en préciser le développement, ce qui ralentit, disperse, dilue le propos, ce qui porte atteinte à la musique, ce qui nous en distrait : on regarde, on n’écoute plus. Nous ne sommes absolument pas impliqués dans ce qui "se joue", nous en restons les spectateurs, rigolards si l’on aime, absolument agacés si l’on s’y refuse.

J’ai applaudi (en partie) pourtant ! C’est que la distribution est remarquable : quelles voix, avec quelle expressivité et quel engagement. Quel chœur aussi que le Chœur Aedes, et qui nous vaut quelques joyeux moments de type music-hall. Le chef et l’orchestre - Pablo Heras-Casado et l’Orchestre de Paris - nous donnent à entendre une Carmen revisitée, heureusement revisitée cette fois, débarrassée de toute l’insistance dont on l’accable souvent, ramenée à l’essentiel de ses thèmes, si convaincante.

Une fois de plus d’ailleurs - c’est une loi lyrique bienvenue presque toujours vérifiée -, le compositeur a fini par l’emporter dans les moments intenses conclusifs : le metteur en scène disparaît, le chant et l’orchestre s’imposent ! La tragédie nous réjouit !

Stéphane Gilbart
(photo Patrick Berger)

Carmen

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