Così fan tutte

Musical workComposerDate of performancesCityCompany
Così fan tutteMozart30/06/2016 - 19/07/2016Aix-en-ProvenceFestival d'Aix en ProvenceView performance details
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"Cosi fan tutte"est une comédie triste : deux jeunes gens, mis au défi par "un homme qui a vécu", parient sur la fidélité de leurs promises. Ils prétextent un départ à la guerre pour revenir, déguisés en étrangers séducteurs. Les belles finissent par céder, parce que "cosi fan tutte – ainsi font-elles toutes", mais les mariages initialement prévus auront bien lieu. E finita la commedia, mais quel goût amer elle a. Il y a là un marivaudage sans illusion sur la valeur de nos "engagements éternels", mais puisqu’il s’agit de Mozart et de Da Ponte, son librettiste, tout cela se déploie avec une extrême légèreté significative. La vérité n’est pas nécessairement pesante ; elle peut être d’une extrême élégance, et rires et sourires sont des clés pour accéder aux profondeurs du cœur humain.

Christophe Honoré a transposé le récit en une Erythrée de 1930 envahie par les troupes italiennes de Mussolini. Lui que l’on connaît surtout comme cinéaste a donc cédé à cette tentation d’être partout et de croire que ce qui vaut pour un genre vaut pour tous les autres. Il a voulu apporter "une attention nouvelle, inconfortable et stimulante"à l’œuvre, la densifier, la lester de sens nouveaux. Lester est hélas un mot qui convient dans la mesure où son intervention est répétitive, insistante, dans la mesure où elle confond agitation et rythme de représentation. Une fois de plus, un metteur en scène "qui sait, lui", impose un point de vue sans nuance à son public, qu’il considère de ce fait comme aveugle et incapable de discernement. Son point de vue initial ajoute certes une dimension coloniale à la comédie, les protagonistes bousculant tant et plus de jeunes femmes noires, domestiquant les natifs. Quand les deux jeunes gens se déguisent en étrangers, ils se noircissent la peau. Pourquoi pas ? Mais on en reste là ; la suite ne sera plus que redondances.

Heureusement, Mozart est le plus fort ! Une fois de plus, c’est sa musique, le jeu des instruments, les infinies variations du chant qui donnent accès aux plus infimes battements des cœurs. Ah ! la fanfaronnade initiale des jeunes gens si sûrs d’eux-mêmes, l’espièglerie de leurs premières apparitions déguisées. Le bouleversement des jeunes femmes soudain tentées. Le douloureux déchirement de l’une d’elles entre la fidélité à préserver et le désir qui s’est imposé. La philosophie (im)morale pragmatique réjouie de l’entremetteuse. C’est dans les notes que tout réside, c’est à partir d’elles que tout va se décliner, grâce alors au talent des interprètes, à leur respect créatif, à leur soumission inventive.

Ce "Cosi fan tutte"qui nous agace l’œil nous réjouit cependant grâce à la façon dont Louis Langrée le dirige. Il n’impose pas, lui, "une attention nouvelle, inconfortable et stimulante": mozartien attentif, il développe la partition dans ses climats contrastés. Les musiciens du Freiburger Barockorchester – un habitué indispensable du Festival – dans l’unanimité de leur réponse à ses injonctions (saluons particulièrement les pupitres des vents), sont pour lui comme un magnifique instrument. Les chanteurs, eux aussi, chantent si bien ce qu’ils ont à dire, et qui est à la fois si drôle, si triste, si vrai.

Une fois de plus, oui, Mozart s’est imposé.

Stéphane Gilbart
(photo Pascal Victor / Artcomart)


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