Così fan tutte

Musical workComposerDate of performancesCityCompany
Così fan tutteMozart26/01/2017 - 19/02/2017ParisOpéra National de ParisView performance details
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C’est dès leur entrée dans la salle que les spectateurs découvrent l’originalité scénographique de la mise en scène d’Anne Teresa de Keersmaeker : un plateau vide ! L’immense scène du Palais Garnier est nue, à part, suspendus à gauche et à droite, de grands panneaux en plexiglas. Il y a aussi une ampoule allumée, là-bas au fond.

Perplexité : comment va-t-elle donner à voir cette histoire dans laquelle un homme d’âge mûr parie avec deux jeunes gens que leurs belles fiancées finiront par les trahir ; les invitant même à devenir, déguisés, les agents séducteurs de la trahison. Il gagnera son pari, chacun retrouvera sa chacune initiale. Mais l’on ne peut absolument pas conclure que tout est bien qui finit bien !

La radicalité du choix de la metteure en scène interpelle, la plupart des metteurs en scène s’échinant en effet à imaginer un décor immédiatement significatif de leur lecture : Michael Haneke nous invitant dans un univers mondain bobo, Christophe Honoré dans l’Afrique coloniale italienne, Abbas Kiarostami au bord d’une mer sur laquelle, magie de ses images, le bateau des jeunes gens s’en ira.

Autre surprise initiale : après l’Ouverture, quand les personnages surgissent, ils sont dédoublés. L’on comprend vite que chacun des protagonistes de cette comédie cruelle sera toujours accompagné de son clone dansant.

Cette idée de mise en scène se révèle absolument bienvenue, cohérente et sans hiatus avec l’œuvre qu’elle concrétise.

Dans la nudité du plateau, la très précise mise en place et en mouvements des personnages, la géométrie de leur disposition, suffisent à faire comprendre et ressentir leurs sentiments, leurs relations. Certains tableaux qu’ils forment ainsi sont d’ailleurs très beaux, et notamment les séquences avec le chœur. Quant à leurs ombres dansées, elles ne sont pas d’exactes et dociles doublures. Les danseuses et les danseurs ont leur autonomie : reflets à l’identique des états d’âme, des réactions des personnages, mais également visualisations anticipées ou répétées de ce qui advient, ou même contradictions : les corps disant alors ce que les mots taisent ou travestissent.

Autre belle idée, profiter de la jeunesse corporellement souple des interprètes vocaux pour les faire un peu danser eux aussi. Cela nous vaut de superbes moments dans lesquels leurs corps disent autrement ce qu’ils chantent.

Tout cela est d’une extrême délicatesse. Cette façon de voir et de montrer rend le spectateur immédiatement attentif à l’essentiel de l’œuvre, un chant et une partition sublimant – Mozart y propose quelques-uns de ses plus beaux airs – notre comédie humaine sentimentale.

Nous y avons entendu la "deuxième distribution", ce qui est un terme réducteur malvenu, dans la mesure où ces chanteurs-là, voix et corps, ont saisi l’occasion que leur offrait cette mise en scène-là pour exalter leurs personnages, escortés par les danseurs de Rosas.

Deux remarques pour conclure : une petite partie des spectateurs a énergiquement hué Anne Teresa de Keersmaeker (immédiatement contrebalancés par tous les autres), frustrés sans doute des images qu’ils associent à une représentation d’opéra. Sans le même esprit, certains critiques non plus n’ont guère apprécié. Philippe Jordan, le chef, qui assure aussi le continuo, et dirige en même temps le "Lohengrin"à Bastille ( !), était plus qu’heureux de sa soirée au moment des saluts, animant la farandole des interprètes, un immense sourire aux lèvres. Son sourire, nous le partageons.

Stéphane Gilbart
(photo Anne Van Aeschot)

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