Così fan tutte

Musical workComposerDate of performancesCityCompany
Così fan tutteMozart15/02/2015 - 21/02/2015Opéra Nice Côte d'AzurView performance details
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On connaît le livret de Da Ponte : Don Alfonso, "un homme d’expérience", les a mis au défi, ces deux jeunes gens, Ferrando et Guglielmo, si sûrs de l’amour de leurs belles, les deux sœurs Dorabella et Fiordiligi : celles-ci, typiques de l’inconstance féminine, ne manqueront pas de les trahir dès que l’occasion leur en sera donnée, prétend-il ! Tope-là ! Pari pris ! On va bien s’amuser, affirment les deux jeunes gens, et "le vieux sage"en sera pour ses cent sequins. Les voilà donc "partis à la guerre"; mais vite revenus sous les traits de deux beaux "Albanais" bien décidés à conquérir le cœur des deux dulcinées, chacun celle de l’autre… Ils se feront convaincants, elles seront convaincues… "Cosi fan tutte – Ainsi font-elles toutes"! Mais Don Alfonso invite à la réconciliation et les couples initiaux se reforment… Tout est-il pour le mieux dans le meilleur des mondes amoureux ?

Ce récit, Mozart s’en est emparé, et sa musique lui a donné une autre densité, une autre intensité. Si les mots racontent, les notes, elles, révèlent ce qui les sous-tend, et qui est essentiel. La musique est drôle, elle est espiègle, elle est ironique, elle se moque, elle est tendre, elle doute, elle est troublée, elle est inquiète, elle est douloureuse. Elle est merveilleuse ! Bonheur mille fois répété de l’entendre, de l’écouter !

Musique, elle nous touche au cœur, au plus profond de nous-mêmes : et c’est ainsi que, peu à peu, nous ressentons les effets pervers – et définitifs sans doute – de ce qui, pensait-on, n’était qu’un petit jeu sans guère d’importance…

Da Ponte et Mozart ont opté pour un "tout va bien" final - un "happy end" - d’apparence. Mais peut-on y croire ? Karen Stone, la metteure en scène, conclut, elle, sur des images radicales : Fiordiligi s’en va, les deux sœurs se séparent… à jamais sans doute…

Une séparation qui est le point culminant d’une mise en scène d’une grande pertinence, d’une belle cohérence.

Karen Stone a en effet magnifiquement concrétisé les évolutions de ce "jeu de l’amour et du hasard". Quelle légèreté enjouée dans les premiers moments de la représentation : ces jeunes gens-là, insouciants, inconscients, jouent. Ils batifolent sur une plage agréable : bar, cocktails, parasol, pataugeoire, jolies petites tenues estivales, costumes au chapeau emplumés de bersaglieri italiens pour les "guerriers"appelés au combat, pantalons golf en noir et blanc contrasté pour les "Albanais" qui les remplacent. Et tout plane, guilleret. On est dans le registre de la plaisanterie un peu farce… Mais tout change à l’acte II. Et Karen Stone de montrer dans les corps, dans leurs attitudes de refus ou d’acquiescement progressif, dans leurs abandons, dans leurs crispations, l’irruption d’une réalité imprévue, celle que disent les mots de Da Ponte, celle surtout que la chante la musique de Mozart.

Mais cette juste lecture de l’oeuvre n’aurait pu développer tous ses effets sans la superbe équipe scénique qui la concrétise. "Equipe", un mot que nous employons à dessein, tant chacun prend sa juste place dans la "chorégraphie amoureuse"qui se déploie sur le plateau. Ces jeunes artistes-là – et leur "doyen" aussi – ont les voix qu’il faut, avec les intonations qui conviennent, pour dire le doux-très amer de cet opéra-là ; ils sont excellents comédiens aussi.

Et c’est ainsi que revoir "Cosi fan tutte" est un plaisir répété et renouvelé.

Stéphane Gilbart

(photo Dominique Jaussein)

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