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Leipzig, Das Liebesverbot, 20/05/2016

Das Liebesverbot

Des castagnettes, des cymbales, un tambourin, un ophicléide, un triangle, des cloches ; des rythmes guillerets et sautillants "boumbadaboum"! De qui peut donc être cette ouverture sautillante qui annonce pas mal d’épisodes du même type ?

Elle est de… RICHARD WAGNER ! Mais oui, si caractéristique de son deuxième opéra officiel : "Das Liebesverbote oder die Novize von Palermo – Défense d’aimer ou la Novice de Palerme", que je viens de découvrir à l’Opéra de Leipzig dans le cadre de ses Wagner-Festtage 2016.

En effet, après "Die Hochzeit", un drame pastoral composé en 1832 et dont le maître a déchiré la partition suite aux moqueries de sa sœur Rosalie (il en reste une introduction, un chœur et un septuor), il y a eu "Die Feen – Les Fées", jamais créé du vivant du compositeur.

"Das Liebesverbote"! Voilà bien une œuvre étrange, exotique, pour qui connaît les chefs-d’œuvre à venir de Richard Wagner. Il s’agit en effet, pour reprendre son sous-titre, d’un "Grosse Komische Oper", d’un "Grand Opéra-Comique"!

S’inspirant du "Mesure pour Mesure"de Shakespeare, Wagner voulait en faire une œuvre sinon de revendication du moins d’affirmation, prônant une certaine sensualité, s’opposant à un pouvoir autoritaire puritain. A Palerme, il s’agira en effet de contrer les décisions intégristes du régent allemand Friedrich et de le prendre à son propre piège (lui aussi ne résistera pas à la tentation des sens). Wagner, se faisant, traduisait sa proximité avec le mouvement littéraire de son ami Laube, la Jeune-Allemagne.

L’œuvre n’a guère connu le succès : trop vite montée (dix jours de répétition), elle ne connaît qu’une seule représentation à Magdebourg en mars 1836, la seconde étant annulée pour pugilat des interprètes en coulisse ; elle n’avait d’ailleurs convaincu du déplacement que… trois spectateurs ! Une série de représentations prévue à Paris en 1841 est annulée… le théâtre a fait faillite ! Faut-il y voir des "actes manqués"bienvenus du destin wagnérien ?

Il est un fait que cette œuvre est bien étrangère à l’univers wagnérien. Quand on l’évoque, c’est presque toujours en termes de rattrapage, attirant l’attention sur quelques moments de sa partition, qui sont ceci, qui sont cela, qui annoncent plus ou moins. Ce sont des commentaires de justification.

Personnellement, je ne la connaissais pas et l’approche qu’en a faite le metteur en scène Aron Stiehl me laisse sur ma faim : il a en effet privilégié la farce, et une farce plutôt insistante (notamment dans les costumes… et quelques rouleaux à tarte), ce qui ne rend guère compte des intentions plus politiques du compositeur.

Ainsi traitée, l’œuvre ne justifie finalement qu’un intérêt documentaire : c’était donc ça le premier Wagner de vingt-trois ans, encombré de pas mal d’influences et ne s’étant pas encore trouvé !

Heureusement, Robin Engelen impulse une belle dynamique au Gewandhausorchester et mène "à la belle baguette"une distribution convaincante qui joue le jeu de cette farce-là.

Stéphane Gilbart
(photo Kirsten Nijhof)