Articles

Antwerpen(Vlaamse), Der fliegende Holländer, 20/10/2016

Der fliegende Holländer

C’est à l’Opéra des Flandres que le "Fliegende Holländer"vient de jeter l’ancre, nouvelle étape dans l’errance éternelle de ce réprouvé à la recherche de la femme dont l’amour absolu le libèrerait de sa malédiction. Poursuivons la métaphore : l’œuvre de Wagner y a-t-elle rencontré celle qui l’accomplirait en la personne de Tatjana Gürbaca, sa metteure en scène ?

Tout commence par une image forte et une bonne idée. L’image forte, magnifique vision plastique, est celle du groupe compact des marins tétanisés dans la tempête qui fait rage ; la bonne idée, celle de Galand, le père de Senta, la jeune fille espérée, et de ses hommes d’équipage mus par une extrême cupidité. L’argent seul compte pour eux. Galand, d’ailleurs, va littéralement vendre sa fille au Hollandais.

Il y aura encore le surgissement du Hollandais entre deux immenses piliers dorés et sa première rencontre, décisive, avec Senta. C’est le coup de foudre. Sur le plateau, pendant que Galand chante, les deux personnages ne se quittent pas des yeux et commencent à se déshabiller. C’est éminemment suggestif, c’est juste et suscite un sourire.

Le récit se déroulant en Norvège, un pays aux riches gisements pétroliers, Tatjana Gürbaca métamorphose les marins-pêcheurs en marins-extracteurs aux vêtements et aux corps maculés de pétrole. Pourquoi pas.
Mais la situation se complique, se gâte, quand ce pétrole est utilisé pour des onctions et des imprégnations répétées en d’étranges cérémonies. La symbolique du propos est simpliste (le veau d’or noir) ou obscure. Elle gêne aussi dans la mesure où cette "imagination (mise en images) originale"renvoie à de semblables procédés naguère déjà éprouvés, notamment dans le "Moses und Aron"de Castellucci. Ce n’est pas la première fois qu’une prétendue originalité se révèle stéréotypée, cliché. Quant aux femmes en combinaison – n’oublions pas qu’il s’agit de femmes de pêcheurs -, c’est plus qu’un lieu commun de pareilles mises en scène.

C’est surtout à l’acte III, durant la séquence de la fête non partagée par l’équipage du "vaisseau fantôme"que le malaise s’accentue dans une mise en mouvement du chœur qui n’est qu’agitation confuse – et qui, surtout, compromet le chant de ce choeur, dans sa justesse et sa cohésion.

Nous avons revécu avec ce "Fliegende Holländer"de Tatjana Gürbaca ce que nous avions déjà ressenti avec son "Parsifal", il y a quelques saisons : ses propositions, dont l’une ou l’autre, considérées séparément, sont judicieuses, ne s’inscrivent pas dans un ensemble réellement significatif en expansion. De plus, comme nous venons de le signaler avec le chœur, cette façon de faire non seulement porte atteinte au rythme de la progression de la partition mais distrait le spectateur occupé à déchiffrer l’énigme qu’on lui propose. Heureusement, les solistes ne sont pas compromis dans leur chant et nous valent donc de beaux et bons moments.

Mais retenons et saluons particulièrement dans cette production l’énergie intelligente et nuancée du jeune chef Cornelius Meister à la tête de l’Orchestre Symphonique de l’Opéra des Flandres.

Stéphane Gilbart
(photo Annemie Augustijns)