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Bruxelles(Monnaie), Dialogues des Carmélites, 08/12/2017

Dialogues des Carmélites

Il est des succès incontestables, ainsi ce " Dialogue des Carmélites " de Francis Poulenc tel qu’Olivier Py l’a mis en scène, tel qu’Alain Altinoglu, l’Orchestre Symphonique de La Monnaie et les solistes donnent vie à sa somptueuse partition.
Mais il ne faut surtout pas oublier la force première du livret, un texte de Georges Bernanos inspiré par une nouvelle de Gertrud von Le Fort. Comme pour la plupart des grandes œuvres, quelques destins individuels empêtrés dans une situation spatio-temporelle très limitée prennent une dimension universelle, à la mesure de l’Homme. Des carmélites de Compiègne sont balayées par l’ouragan de la Révolution française. On s’intéresse plus particulièrement aux questionnements de l’une d’entre elles, la jeune Blanche de la Force, et à la façon dont ses consoeurs, et plus particulièrement la Prieure, réagissent, elles aussi. Les grandes questions sont posées, celles du sens à donner à son existence – à sa vie, à sa mort -, celle du devoir, des limites de l’engagement, de la difficulté-nécessité à surmonter les aléas de son histoire personnelle, des solidarités humaines, etc. De magnifiques interpellations qu’il n’est pas possible ici d’envisager plus longuement.
Olivier Py a fait sienne l’œuvre ! Avant que ne commence la représentation, l’on s’inquiète un peu devant les immenses cloisons noires, le lustre aux perles de cristal, et le fait qu’un protagoniste, muni d’une craie, vienne écrire un mot sur une paroi. Py va-t-il encore, comme cela lui arrive, faire du Py ? Eh bien non ! Il se met au service de l’œuvre – avec l’humilité intelligente d’une carmélite…
Quel merveilleux travail sur les couleurs sombres, noires et grises, avec, en contrepoint, les robes blanches des deux novices, Blanche et Constance, si opposées de caractère, en quête d’un sens et d’une réponse. Quel superbe jeu de construction que celui des cloisons qui glissent pour soudain prendre la forme d’une croix, laisser entrevoir un jardin, devenir cellule de la prieure, sinistre cachot ou lieu d’exécution. Comme elles sont magnifiques les lumières qui animent ces espaces ou saisissent (au double sens d’attraper et de révéler) les protagonistes. Quels tableaux significatifs naissent d’une mise en place absolument pertinente (ainsi, l’agonie si difficile de la Prieure, comme vue d’en haut – elle est suspendue au mur du fond). Quelle bonne idée que ces " arrêts sur images scéniques " pendant les intermèdes orchestraux. L’image finale : Blanche, qui a finalement rejoint ses sœurs à l’échafaud, tout de noir vêtue, seule sur le plateau, s’en va doucement vers un ciel étoilé. Elle a trouvé sa justification.
Quant à Alain Altinoglu et à ses " acolytes " orchestraux, quant aux nombreuses solistes (le féminin l’emportera même si un homme ou deux d’en mêlent), ils exaltent une musique de Poulenc qui culmine en révélation.
Stéphane Gilbart
(photo Baus)