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Paris(Opera), Die Zauberflöte, 11/03/2014

Die Zauberflote

Comme elle est belle la forêt dans laquelle s’est perdu Tamino, une forêt dont nous allons vivre les quatre saisons grâce à de splendides images vidéo. Comme elle est verte l’herbe sur laquelle il s’écroule, évanoui de peur à la vue d’un énorme serpent. Comme elle est bonne l’idée du " portrait " de Pamina, gigantesque gros plan projeté sur un écran. Comme elle est drôle l’irruption d’un Papageno " routard ", en grosses bottines et sac à dos. Comme elle est bienvenue l’installation d’un proscenium devant la fosse d’orchestre, rapprochant les interprètes d’un public mis dans la confidence.

Effectivement, Robert Carsen, auquel on n’échappe plus ces temps-ci à Paris, ne manque pas de bonnes idées, et savoureuses et très belles. Et régulièrement, il fait naître cet " enchantement " dont on sait qu’il est constitutif du plaisir sans cesse répété lié aux représentations de " La Flûte enchantée ".

Evidemment, on est un peu étonné de voir apparaître en grand deuil et voilettes abaissées les trois Dames au service de la Reine de la Nuit, mais bien vite on comprend que cette histoire-là, si elle ne manque pas de couleurs, va se jouer en noir et blanc : le blanc des " bons " et le noir des " méchants " ; un blanc qui s’universalisera l’initiation accomplie et les méchants pardonnés. Chantons tous en chœur l’avènement d’une harmonie universelle !

Mais d’autres choix qui surprennent d’abord, finissent par susciter une certaine perplexité. Ainsi et surtout, ces voilettes, ces voiles, qui recouvrent toutes les têtes, et notamment celles des initiateurs et des initiés. Il y a sans doute là une limite à la dramaturgie : comme le programme de salle le prouve, Robert Carsen a été interpellé par des tableaux dans lesquels le peintre belge René Magritte propose une visualisation surréaliste, en figure voilée, de la sagesse. Le problème est que cela devient vite encombrant pour les chanteurs et lassant pour le spectateur. D’autre part, si les séquences souterraines avec tombeaux et squelettes, et les immenses échelles qui donnent accès à ces lieux, installent de belles images, si le proscénium intimise l’immense salle de Bastille, ils ralentissent le propos, affectent le rythme de la représentation et compliquent la synchronisation entre solistes, chef et orchestre. C’est donc régulièrement très beau, très convaincant dans le rire ou l’émotion, mais cela ne réalise pas vraiment la fluidité nécessaire et qui emporterait une adhésion sans réserve.

De toute façon, ce qui justifie les ovations, ce sont, sans conteste, les voix réunies. Elles disent la réalité, la vérité des personnages, elles expriment les points de vue plutôt nuancés de Robert Carsen à leur égard.

Et comme elle est émouvante l’image finale de tous les protagonistes entourant la fosse d’orchestre, célébrant ainsi cette musique qui leur a conféré si belle existence, et qu’ils ont partagée.

Stéphane Gilbart

Photo ONP/Agathe Poupeney