Don Giovanni

Musical workComposerDate of performancesCityCompany
Don GiovanniMozart02/12/2014 - 30/12/2014BruxellesLa Monnaie/De MuntView performance details
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A la fin de la troisième représentation, celle à laquelle j’ai assisté, les chanteurs ont été très chaleureusement applaudis. A juste titre !

Quant à Krzysztof Warlikowski, le metteur en scène, courageusement venu saluer le public, il a été largement hué. A juste titre ?

Pour Krzysztof Warlikowski, Don Giovanni n’est plus qu’obsession sexuelle, maladive, compulsive, effrénée. Toute femme croisée est objet de désir ; ses jours et ses nuits sont hantés par une perpétuelle et universelle addiction, qu’il n’a de cesse d’assouvir, encore et encore. Il est au-delà ou en-deçà de toute prise de conscience, de quelque morale ou réflexion philosophique que ce soit. Il est drogué en manque perpétuel. Il est son sexe, il est sexe.

Et ceux qui l’entourent, femme abusée – Donna Anna -, femme délaissée – Donna Elvira -, petite jeune femme éblouie par le grand seigneur – Zerlina -, sont également atteintes de la même addiction, du même manque.

Et cette conception du personnage, Krzysztof Warlikowski va évidemment la donner à VOIR – c’est son rôle de metteur en scène. Et il va le faire avec ce sens extraordinaire des images scéniques qui est le sien. Dans l’occupation de l’espace : un plateau de grande profondeur de champ pour que s’y développent des séquences en écho, la loge royale réquisitionnée pour la scène d’introduction et celle du cimetière, une scénographie sur-dimensionnée (de la fidèle Malgorzata Szczesniak), des lumières fastueuses. Dans la caractérisation des personnages : leurs apparences ([sous-]vêtements, perruques, maquillages), leur jeu exacerbé. Tout dit, montre, exhale, exsude la monomanie sexuelle. Quelle que soit la situation, quel que soit le moment de l’intrigue, toujours, l’une ou l’autre apparition (figurants, danseuse ondulante quasi nue, petit dessin animé joyeusement pornographique, images de partouze) en multiplie – et très concrètement – les connotations sexuelles.

A plusieurs reprises déjà, j’ai souligné combien Krzysztof Warlikowski excelle dans l’art de donner à voir, à comprendre, à ressentir, dans l’art de révéler des réalités "inédites"des œuvres qu’il met en scène. A l’opéra, je me contenterai de citer son merveilleux "Poppée et Néron", "Lulu"ou encore "L’Affaire Makropoulos".

Cette fois encore, on retrouve son approche, ses modes de lectures, ses façons de faire et d’imager, mais, au lieu d’exalter l’œuvre, tout cela est réducteur ! Oui, Don Giovanni peut être compris comme un "sex-addict"et l’on sait combien ce sexe, au-delà de toutes les bonnes manières, apparences, refoulements, sublimation, est un moteur de nos existences. Mais Don Giovanni n’est pas que ça, il est plus que ça : son obsession sexuelle est cri existentiel (et l’on pense alors à l’"Homme absurde"d’Albert Camus, à Georges Bataille, à Pierre Klossowski), révolte, défi au divin ou à toute autre norme.

Et ce qui est regrettable en outre, c’est que la saturation visuelle compromet l’épanouissement instrumental et vocal de la partition de Mozart. Récitatifs ralentis, temps de silence et d’arrêt, contrepoints compromettant chaque fois les moments du chant le plus intense (Ottavio déculotte et tripote Donna Anna, une "noire"se trémousse et vomit, Donna Elvira lutine une "créature andogyne", etc., etc.). Ce "Don Giovanni", c’est celui de la personnalité déchirée de Krzysztof Warlikowski plutôt que celui d’un Mozart dont un metteur en scène aurait proposé de nouvelles raisons de le célébrer.

Stéphane Gilbart
(photo Bernd Uhlig)

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