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Beijing(NCPA), Don Pasquale, 16/10/2014

Don Pasquale

A Pékin, la représentation commence avant la représentation, quand le spectateur étranger découvre, non loin de la place Tian’anmen, au milieu d’un lac artificiel, l’extraordinaire bâtiment en demi-sphère du Centre National des Arts de la Scène. Il est aussi époustouflant que magnifique ! 200.000 m² : une salle d’opéra de 2.416 places, une salle de concert de 2.017 places, et un théâtre de 1.040 places. Un temple fastueux consacré au spectacle vivant !

Au programme, " Don Pasquale " de Donizetti, un opéra bouffe composé, dit-on, en onze jours – ce qui n’est guère surprenant quand on se souvient que Donizetti en a composé soixante-dix en vingt-sept ans de carrière. Un opéra bouffe bien typique du genre avec son barbon amoureux grugé : Don Pasquale, qui en veut à son neveu Ernesto et prétend le déshériter, décide d’épouser Sofronia, la sœur du docteur Malatesta, une jeune fille " bien sous tous les rapports ", toute imprégnée qu’elle est de la bonne éducation reçue dans un couvent. En fait, il s’agit de Norina, la petite amie d’Ernesto (il n’est pas informé du stratagème…), qui, faussement mariée au vieillard, va immédiatement se métamorphoser en une terrible mégère non apprivoisée. Quoi qu’il en soit, après moult imbroglios et quiproquos, tout ira bien qui finira bien ; et le barbon grugé, lui-même, sera heureux de retrouver tous les charmes d’une existence solitaire épicurienne.

A Pékin, " Don Pasquale " a vite séduit et fait rire une salle agréablement hétérogène (Chinois, expatriés, touristes, grands-parents, enfants, étudiants). Il est vrai que la musique de Donizetti est essentiellement constitutive du divertissement : allègre, galopante, joyeuse, ou délicieusement pastiche et parodie quand elle développe les états d’âme contrariés de personnages bouffons. L’Orchestre de l’opéra l’a bien servie ; il est vrai que c’est le " maestro " Daniele Callegari qui le dirigeait !

Quant à la mise en scène, elle a insufflé belle allure et bon rythme à la représentation. Pier Francesco Maestrini a eu l’idée bienvenue, pour garantir ce rythme justement, d’installer comme des arrière-plans à l’histoire : certains des personnages sont des clones des fameux Marx Brothers, avec leurs attitudes si typiques et si savoureusement absurdes ; les membres du chœur sont individuellement caractérisés ; deux immenses photos de Don Pasquale et de " Sofronia ", tour à tour affichées, manifestent la passation des pouvoirs ; la jeune vierge effarouchée se mue en un instant en une dominatrice sado-masochiste…

L’interprétation, elle, est " mixte ", faite de chanteurs chinois et européens. Une rencontre heureuse qui prouve, si besoin en était, combien un certain humour et une certaine musique nous réunissent, au-delà de toutes nos différences.

On a ri de toutes les couleurs à Pékin !

Stéphane Gilbart