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Paris(Opera), Hippolyte et Aricie, 09/06/2012

Hippolyte et Aricie

L’“Hippolyte et Aricie” de Jean-Philippe Rameau est bien chez lui dans les dorures du Palais Garnier à Paris. Sa mise en scène par Ivan Alexandre transforme cette “tragédie lyrique” en un réjouissant “livre à système”.

Nous avons tous gardé le souvenir de certains livres qui ont réjoui notre petite enfance : les “livres animés” ou “à système”, ou encore, pour sacrifier à la nécessité anglophone, “pop-up” ou “Pop-Hop”. Ouvrir ou déplier l’une de leurs pages, c’était, par glissement ou rotation, faire apparaître un paysage ou voir surgir un personnage ou des animaux, le “très méchant loup” dans la cheminée, par exemple. C’est dans cet esprit-là, savoureux, qu’Ivan Alexandre, le metteur en scène, et Antoine Fontaine, le scénographe, ont conçu leur “Hippolyte et Aricie”. Baroque donc à souhait.

Les immenses colonnes, les sombres forêts ou les délicats jardins à la française qui glissent des coulisses, sentent bon leur carton-pâte ; la mer en furie est une toile peinte agitée comme il convient. Quant aux dieux, ils descendent majestueusement des cintres, entourés de tous les rayons aveuglants adéquats, ou, s’ils sont “infernaux”, émergent de trappes disséminées un peu partout sur l’immense plateau du Palais Garnier. Pas de machines à fumée, mais d’immenses nuages à la consistance d’ouate. On ressent dans la salle des frémissements enfantins. Délicieuse régression.

Et pourtant, pourrait-on objecter, cet “Hippolyte et Aricie” (1733) est une tragédie, celle-là même que Racine, un siècle plus tôt, portait à la perfection avec “Phèdre”. Bien sûr, mais on n’est plus là pour se plonger jusqu’aux tréfonds de l’âme humaine, pour vivre en toute catharsis triomphante les pires conséquences des plus atroces déterminismes. C’est un divertissement. La tragédie se conclut d’ailleurs par un “happy end” : Hippolyte échappe aux griffes du monstre dépêché par Thésée, son père, pour venger la terrible trahison dont l’accuse sa désespérément amoureuse belle-mère, Phèdre ! Il connaîtra donc de beaux jours sans fin avec l’aussi jeune que belle Aricie. Les dieux s’en sont évidemment mêlés. Et l’on danse à la fin de chaque acte.

Les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz sont à la mesure des décors et les lumières d’Hervé Gary réussissent leur effet d’éclairage à la bougie. Dans la fosse, le propos est tout aussi cohérent avec Emmanuelle Haïm à la tête de son Concert d’Astrée.