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Aix-en-Provence, Il trionfo del tempo e del disinganno, 01/07/2016

Il trionfo del tempo e del disinganno

Le Haendel mis à l’affiche du 68e Festival d’Aix-en-Provence ne constitue pas une réelle surprise de programmation en pareil contexte, il s’inscrit même dans une série : un compositeur reconnu tel que le reconsidère un metteur en scène tout aussi reconnu, servi par des interprètes de belle renommée. N’empêche, tout n’est pas aussi simple. Ainsi, le rapport tout à fait particulier de Krzysztof Warlikowski, le metteur en scène, avec l’œuvre : "Cet oratorio est un scandale… C’est une pure œuvre dogmatique au même titre que des créations de l’époque stalinienne". Le voilà donc bien décidé à en proposer une lecture scénique en contradiction avec le sens proclamé de son livret ! Et cela sous le parrainage de Sarah Kane, cette auteure de théâtre qui compte tant pour lui : "L’art ne provient pas du choc de quelque chose de nouveau. Il provient de l’aménagement de l’ancien de telle manière qu’on puisse le voir d’un œil neuf".

Le livret de l’oratorio est un "code de bonne conduite": la Beauté, qui s’est donnée au Plaisir, est rappelée à l’ordre par le Temps et la Désillusion, qui l’invitent à considérer la fin inexorable de toute réalité humaine et à se convertir. Elle se soumet à leur exhortation. C’est ce "totalitarisme"-là que refuse Warlikowski, et que démontre-démonte sa mise en scène. Sa Beauté est une jeune femme toute aux plaisirs – même sulfureux de la drogue – de la vie. De jeunes figurantes multiplient son image sur un plateau à la fois hôpital (la drogue peut être sur-dosée), salle à manger familiale (papa et maman "surmoi") ou salle de cinéma (une existence "se joue"). Le tout culmine, comme souvent chez Warlikowski, en une dernière scène qui éclaire tout son propos : Beauté, magnifiquement éclairée, chante merveilleusement son choix résigné. Mais elle vient de s’ouvrir les veines. Ce chant de conversion est un chant de mort !

L’œuvre de Haendel est musicalement somptueuse : le jeune homme de vingt-deux ans qui veut s’imposer à Rome, réussit là une extraordinaire partition. Instrumentalement, elle fait notamment la part belle au violon et à l’orgue ; vocalement, indépendamment de ses virtuosités "ordinaires", elle culmine en un superbe quatuor.

Ceci étant dit, pareil oratorio n’était pas destiné à la représentation scénique. Il est davantage discursif que dramatique, ce qui fait que, quelles que soient les intentions du metteur en scène, ce qui se voit cède la place à ce qui s’entend – et c’est heureux en l’occurrence. Les voix sont somptueuses. Emmanuelle Haïm, aux commandes de son Concert d’Astrée, unifie tout cela en un ensemble aussi convaincant que réjouissant.

Stéphane Gilbart
(photo Pascal Victor / Artcomart)