Il trovatore

Musical workComposerDate of performancesCityCompany
Il trovatoreVerdi20/02/2016 - 25/02/2016LuxembourgThéâtres de la Ville de LuxembourgView performance details
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L’intrigue d’"Il Trovatore"est impossible à résumer, tant elle est complexe : "Elle exige une mémoire d’éléphant", a même écrit un spécialiste. Contentons-nous d’une seule phrase : le Comte di Luna aime Leonora qui ne l’aime pas, mais aime un troubadour, qui est en fait Manrico, le chef des rebelles, dont on pense qu’il est le fils d’Azucena, la gitane qui, pour venger sa mère condamnée au bûcher, y avait jeté le frère du Comte ! Mais était-ce vraiment le frère du Comte ? Duel, fuite dans la montagne, désir d’entrer au couvent, nouveau bûcher, chantage, poison, supplice… et une conclusion terrible : "Toi, di Luna, s’écrie Azucena, tu as tué Manrico, tu as tué ton frère !"

Dans ce livret, aucune densité psychologique : les personnages sont les marionnettes passionnelles pulsionnelles nécessaires aux rebondissements de l’action ; aucune indice dramaturgique pour développer un beau débat socio-politico-psychanalytico-philosophique. Le mélodrame seul compte. Malgré cela, "Il Trovatore"fascine : on ne cesse de le produire – plus de deux cent cinquante productions ces cinq dernières saisons ; il est actuellement à l’affiche à l’Opéra de Paris. On l’aura compris, cette fascination, cette séduction perpétuée, a un autre motif : la partition, la musique et les airs de cet opéra, qui méritent, qui exigent, qu’on leur donne la priorité absolue, la meilleure des audibilités, la mise en scène la plus porteuse.

Mais comment justement mettre en scène ce méli-"mélo"? Rares sont les réponses convaincantes. Richard Brunel, lui, a décidé de tout transplanter dans une sorte de "West Side"new-yorkais, lieu d’un conflit entre bandes rivales. Un problème se pose immédiatement avec le déguisement des personnages, affublés d’oripeaux post-punk. C’est un choix comme un autre, le problème est que tous en arrivent à se ressembler et que le spectateur a des difficultés à les distinguer dans l’obscurité qui règne. D’autre part, on comprend la volonté de raconter une histoire, de la lester d’un contexte, mais le problème est que cette transposition n’ajoute rien au canevas de base et surtout que cela distrait le spectateur de l’essentiel : ce qui se chante et ce qui se dit dans l’orchestration et l’instrumentation (ainsi, par exemple, ce merveilleux duo décisif entre Leonora et le Comte dont nous sommes distraits par le spectacle de sbires, à l’avant-plan, faisant semblant de tabasser le pauvre Manrico).

Richard Brunel a cependant une qualité consécutive de sa scénographie : celle-ci englobe tous les lieux de l’action (on aurait même dû aller à la montagne…), en un bloc d’immeuble posé sur un plateau tournant. Une idée judicieuse dans la mesure où elle garantit, sans temps mort, la fluidité et le rythme du déroulement de l’intrigue.

C’est la musique de Verdi qui triomphe, en toute plénitude, et particulièrement dans la dernière partie de l’opéra quand, l’action suspendue, le chœur disparu, le metteur en scène en pause, les héros s’affrontent dans leurs chants. Quelle merveille ! "Il Trovatore", c’est un incroyable catalogue d’airs à succès, avec le bonheur de les reconnaître ou de les découvrir. Quelle séduction ! Les solistes de cette production ne ratent pas la chance (périlleuse – les airs sont redoutables) qui leur est offerte. Non seulement absolument engagés dans leur chant, ces solistes sont en outre de belle convergence. Quant à Roberto Rizzi Brignoli, manifestement chez lui dans cette partition-là, il lui garantit, avec l’OPL, la place prépondérante qui lui revient.

Stéphane Gilbart

(photo Simon Gosselin)
 



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