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Luxembourg, Kiss me Kate, 15/10/2016

Kiss me Kate

"Brush up your Shakespeare – Potassez votre Shakespeare", tel est le titre d’une des plus savoureuses chansons qui jalonnent la comédie musicale "Kiss me, Kate"de Cole Porter. "Le barde de Stratford"est en effet joyeusement sollicité et "exploité"pour une production qui combine, dans des intrigues imbriquées, des séquences de "La Mégère apprivoisée"et les aléas de la vie amoureuse de ses interprètes.

Cette coproduction du Théâtre du Châtelet de Paris et des Théâtres de la Ville de Luxembourg a absolument enchanté un nombreux public magnifiquement hétérogène, notamment dans sa composante familiale en trois générations réunies.

L’œuvre en elle-même justifie pareille adhésion : le livret de Sam et Bella Spewack réussit les va-et-vient entre le petit monde qui s’agite dans les coulisses et sur le plateau et les personnages de l’œuvre qu’ils se préparent à représenter. Le récit est de belle mécanique, millimétrée, progressant sans aucun temps mort, et avec les rebondissements qui conviennent, vers son nécessaire happy end ! Quant à la partition, elle multiplie les atmosphères, à la fois drôle et sentimentale, toujours inventive dans ses moyens orchestraux.

La mise en scène de Lee Blackeley -dont on a déjà salué à Luxembourg le "Turco in Italia"- dynamise encore cette dynamique conjuguée du livret et de la partition. Dans une scénographie de Charles Edwards, aussi imposante que souple dans ses métamorphoses, il emporte tout ce petit monde (ils sont une trentaine !) à un rythme aussi soutenu que nuancé, en toute fluidité. Son traitement des personnages, dans leurs apparences, dans leurs manières d’être, dans leurs personnalités, dans leurs confrontations, leur confère une belle et joyeuse réalité scénique. Lee Blackeley souligne le trait (la mégère pas encore apprivoisée, les deux malfrats mafieux) mais sans jamais tomber dans l’excès. Tout cela est jeu agréable sur les stéréotypes. Elles font sourire les vespas italiennes surgissant sur fond de toiles peintes évoquant les villes d’Italie ; quant aux conquêtes passées de Petruchio, elles sont devenues de ravissantes Miss Firenze, Miss Taormina, Miss Milano ou encore Miss Roma.

Cette production est donc réussie dans chacun de ses aspects, qu’il s’agisse du jeu d’acteurs, du chant ou de la danse – avec bien sûr un numéro de claquettes !

Ajoutons que les costumes de Brigitte Reiffenstuel sont magnifiques. Comme ils sont bien taillés, quelle élégance !

Les voix – amplifiées – sont "justes"chez chacun de leurs interprètes, et les musiciens de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg se réjouissent manifestement de cette récréation (exigeante) qui leur est offerte. Il est vrai qu’ils sont dirigés par un spécialiste incontesté de pareilles orchestrations, David Charles Abell.

Stéphane Gilbart
(photo Théâtre du Chatelet - Marie-Noëlle Robert)