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Bruxelles(Monnaie), L'elisir d'amore, 08/09/2015

L'elisir d'amore

"L’entrée d’une ferme. Au fond la campagne : un ruisseau coule, et sur sa rive quelques lavandières se préparent pour la lessive…": telle est bien la didascalie d’introduction de "L’Elisir d’amore"de Gaetano Donizetti, le compositeur, et de Felice Romani, son librettiste. Et pourtant, à leur arrivée au Cirque Royal de Bruxelles (un des lieux hors-les-murs de La Monnaie en travaux), les spectateurs ont été immédiatement plongés dans un autre univers ! Celui d’une plage du sud de l’Italie : sable, transats, matelas pneumatiques, poste de secours, douche, guinguette… Même les sièges des spectateurs ont été recouverts de toile rayée bleu et blanc !

Cette transposition va prouver – et combien – toute sa pertinence au cours d’une représentation joyeusement endiablée !

Nemorino, l’amoureux transi, s’est métamorphosé en plagiste ; Adina, la belle désirée, en tenancière du bar de la plage ; le matamoresque Belcore en carabinieri d’opérette ; Dulcamara, le providentiel concepteur de la boisson-miracle, de l’élixir, en flamboyant représentant d’une boisson énergétique, avec la jeep américaine et les bimbos sculpturales qui vont avec… Quant au chœur et à quelques figurants bien sélectionnés, ils constituent une foule balnéaire plausible. L’orchestre ? Installé sur le côté du plateau, il est tout à fait décontracté dans ses apparences lui aussi…

L’œuvre se réjouit de ce déménagement maritime ! Tout cela est juste et cohérent : le livret de Romani, qui ne manque pas de subtilité dans la construction de son intrigue et la caractérisation de ses personnages, y gagne énormément de fraîcheur, de saveur. La partition de Donizetti, ses airs, n’y perdent rien !

D’autant que le concept général initial voit son efficacité multipliée par des trouvailles de détail incessantes : Damiano Michieletto, le metteur en scène, a conféré une stricte rigueur d’épanouissement à ce désordre espiègle, et surtout il réussit à dynamiser son propos par toutes sortes de petites histoires collatérales : les personnages secondaires ont tous leur "petite vie", qui ravit l’œil du spectateur.

Un spectateur qui ne cesse d’être surpris, par exemple par un immense gâteau de mariage gonflable, par un bain mousse collectif, par l’irruption d’une brigade canine anti-drogue, par la jeep et ses créatures déjà citées.

Mais, répétons-le, tout cet univers visuel est strictement au service de l’œuvre représentée et valorise une distribution (double) qui se réjouit manifestement de cette cavalcade qu’on lui a proposée, et qui s’en trouve stimulée dans son expression vocale !

Soulignons aussi le fait que le "chœur maison"est complété par les élèves de l’Académie du chœur de La Monnaie – des étudiants en provenance des conservatoires du pays -, ce qui confère à l’ensemble un esprit juvénile bienvenu.

Ah quel beau et joyeux dimanche à la plage nous avons passé avec cette première production de la nouvelle saison de La Monnaie !

Stéphane Gilbart
(photo Karl und Monika Forster)