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Caen, L'Olimpiade, 13/05/2013

L'Olimpiade

" L’Olympiade " de Josef Myslivecek ! Vous ne connaissez pas ? A juste titre : l’œuvre vient de ressusciter ! Une preuve de plus que le corpus lyrique possède encore des terra incognita, que vont découvrir et explorer des " géographes musicaux " à la belle curiosité !

Myslivecek est un compositeur né en Bohème (l’actuelle Tchéquie) en 1737 et mort en 1781. Assez vite reconnu à Prague, il met à profit une bourse qui récompense son talent pour entreprendre " le voyage en Italie ". C’est le succès, au point qu’on le surnomme " Il divino Boemo " ! Ses opéras sont acclamés, non seulement en Italie, mais un peu partout en Europe aussi. Il rencontre Mozart et n’est pas sans exercer, dit-on, une influence sur le jeune homme.

" L’Olympiade " est créée au Teatro San Carlo de Naples en 1778.

C’est une histoire évidemment " plutôt compliquée " mêlant prophétie fatale, meurtre préventif pour en éviter la réalisation, bons sentiments qui s’y opposent, amours difficiles, substitutions de personnages, dilemmes amicaux… et scène finale de reconnaissance (" Mais ce collier ! ") qui arrange tout et chacun pour le mieux !

Cet opéra revit, grâce au travail talentueux du chef d’orchestre tchèque Václav Luks. Cet opéra séduit, grâce au travail talentueux de tous ceux qui en ont organisé la représentation scénique. Une magnifique convergence, une magnifique cohérence.

Václav Luks s’est livré à une subtile restauration de la partition, aux belles atmosphères significatives. Une complicité manifeste l’unit à son orchestre, l’Ensemble Collegium 1704 : ils donnent une lecture aussi raffinée qu’expressive de l’œuvre de Myslivecek. Et leur enthousiasme énergique se conjugue avec celui des jeunes chanteurs. Certains airs, certains intermèdes ont effectivement de plus intenses accents mozartiens… à moins que ce ne soient eux qui aient marqué le jeune Mozart… Bonheur musical et vocal.

Encore fallait-il que cette histoire " normalement compliquée " trouve sa juste concrétisation scénique : Ursel Hermann l’a réussie. Une fois de plus – et même si elle travaille en solo, sans son Karl-Ernst de mari -, elle installe sur le plateau un univers significatif, échappant aux pièges d’un réalisme réducteur. Il y a là, grâce à quelques néons, grâce à un couloir qui s’ouvre, des lignes de force qui s’imposent, des perspectives, des profondeurs de champ. Quelques trouvailles, dont certaines sont savoureuses (des " murs traversables ", un chœur de quatre solistes surgissant de la fosse d’orchestre, de petites chaussures d’enfant, des chaussures rouges " à la Cendrillon ", un arbre s’élevant au milieu de la scène, quelques effets pyrotechniques), séduisent autant qu’elles sont efficaces.

" L’Olympiade ", fruit d’une belle convergence talentueuse qui lui a permis de renaître, réjouit donc, tout simplement…

Stéphane Gilbart