La bohème

Musical workComposerDate of performancesCityCompany
La bohèmePuccini01/12/2017 - 31/12/2017ParisOpéra National de ParisView performance details
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"Jour 126 – 40°45’53" N 74 – Expédition en péril – perdu le cap – réacteurs en panne – ressources vitales quasiment épuisées": oui, il s’agit bien de "La Bohème"de Puccini, mais corrigée par le metteur en scène Claus Guth. Dans un vaisseau spatial en perdition, les jeunes artistes parisiens fauchés du livret de Giacosa et Illica, devenus spationautes (au terme de quel bond temporel et de quelle formation accélérée ?), tentent de trouver un peu de réconfort en se souvenant du "bon vieux temps"de leur "vie de bohème": "derniers restes d’humour – activons notre imagination – faisons resurgir le temps depuis longtemps révolu".

En quoi tout cela éclaire-t-il, développe-t-il l’œuvre, ce qui est le but de toute mise en scène ? Cela ne marche pas, cela va contre l’œuvre, cela la compromet ! Certes, le concept de Claus Guth est cohérent, mais avec lui-même seulement, décliné et redécliné scéniquement dans tous ses aspects : vaisseau spatial, sol cabossé d’une planète (qui soulève des vagues de rire après l’entracte), combinaisons spatiales, quincailleries spatiales (un peu "cheap"quand même pour pareille expédition). Guth insiste, il répète encore et encore : douterait-il de la compréhension moyenne du spectateur moyen ?

Le problème est que les séquences rêvées de la vie passée se traînent (l’apesanteur ne facilite pas la fluidité des déplacements et des enchaînements), font se croiser deux mondes étrangers qui ne se rencontrent pas. Il y a des idées de mise en scène, mais elles n’existent que comme idées, elles ne se fondent pas dans un ensemble. Podium de discothèque, paillettes, pole dance pour Mimi : ah oui ! bien sûr ! c’est une coquette ! Civière mortuaire pour un double de Mimi pendant la fête : ah oui ! on rit, mais on pleurera bientôt. Jongleries à n’en plus finir…

Le pire est le mépris de l’essentiel : l’opéra est chants et musique ! Quels que soient leurs emballages scéniques, ils constituent la raison d’être du genre. Il arrive que l’activisme de certains metteurs en scène produise des dégâts collatéraux. On regarde, on entend moins. Mais ici, Claus Guth va jusqu’à s’en prendre au chant et à la musique : il organise sciemment une distraction scénique. Ainsi, par exemple, pendant ce moment aussi émouvant que souriant où l’ami Colline, preuve d’affection, se résout à vendre le vieux manteau qui l’a toujours suivi partout, un "narrateur"(trop) omniprésent se livre à quelques galipettes magiciennes.

Heureusement, la musique peut venir jusqu’à nous des espaces les plus lointains. Même si des sifflets, des huées et des rires moqueurs ont salué certains moments particulièrement "typiques"de la représentation, ce sont des applaudissements enthousiastes qui ont salué les interprètes (embarqués dans cette galère spatiale, aurait dit Molière). Gustavo Dudamel a insufflé toute son énergie souriante à l’Orchestre de l’Opéra : lui, il a réussi à rendre un exact hommage à Puccini, le revitalisant, prouvant qu’il est bien d’aujourd’hui. Quel bel "équipage"que celui des solistes dont il convient de souligner la remarquable homogénéité dans la qualité.

Stéphane Gilbart
(photo Bernd Uhlig – Opéra national de Paris)

La bohème

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