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Paris(Opera), La cenerentola, 26/11/2011

La cenerentola

 

Nicolas Joël, le directeur de l'Opéra de Paris, a décidé de ressusciter la mise en scène mythique de Jean-Pierre Ponnelle, un metteur en scène grâce à qui si nombreux sont ceux qui, dans les années 70-80 de l'autre siècle, ont découvert, fascinés, cet art lyrique qui continue à les enchanter. Une résurrection qui est un espoir de conjurer tant soit peu l'éphémère de ce "spectacle vivant" qu'est l'opéra.

Les mises en scène de cette époque-là ne disposaient pas de toutes les technologies qui se sont multipliées aujourd'hui. Apparaissent donc au regard des toiles peintes, qu'il faut changer à l'abri d'un "rideau de manœvre", et qui vont délimiter dans la subtilité de leurs ouvertures les espaces multiples du jeu. Ce qui est caractéristique aussi, c'est l'allure "bon enfant" de tout cela, un humour immédiatement lisible, simplement fondé sur un faux nez pour les méchantes sœrs et sur un jeu appuyé pour tous. L'époque n'avait pas ce cynisme ricanant qui caractérise si souvent la nôtre. Pareille mise en scène est là pour servir, simplement servir, un Rossini dont la musique se charge d'ailleurs bien elle-même de dire tout ce qu'elle a à dire.

Et vont donc se déployer toutes les péripéties d'un conte malicieusement aménagé par Rossini et Jacopo Ferretti, son librettiste: le père prend la place de la marâtre, un philosophe "à tout faire" celui de la fée, et ce n'est plus une chaussure de vair (insistons, il s'agit de fourrure ! et non de verre, diantrement incommode) qui permettra la "reconnaissance" nécessaire, mais bien un bracelet ! Qu'importe ces modifications, la facination continue à jouer, dans une atmosphère que la musique de l'aussi talentueux que gastronome compositeur rend espiègle et guillerette à souhait. Et la partition est évidemment propice à toutes les pyrotechnies vocales !

Et voilà donc pourquoi, le conte est bon !

Stéphane Gilbart