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Paris(Opera), La Dame de Pique, 19/01/2012

La Dame de Pique

En 1999, une nouvelle production de " La Dame de Pique " de Tchaikovski fait l'unanimité, celle confiée à Lev Dodin, reconnu pour ses remarquables mises en scène de théâtre et notamment ses superbes Tchékhov. Une unanimité telle que cette production est reprise en 2001, 2004 et en ce début 2012. Des reprises bienvenues dans la mesure où l'opéra est un " art vivant ", qui se caractérise essentiellement par son aspect éphémère - on vit quelque chose ce soir-là dans ce lieu-là !-, même si aujourd'hui on peut mieux le retenir, le " capter ". Ajoutons que certains changements de distribution (un autre chef, d'autres solistes) peuvent renouveler le souvenir, le régénérer, éviter qu'il ne se fige.
Ce qui justifie ces reprises, c'est le point de vue développé par Lev Dodin : sa mise en scène est à la fois originale et cohérente. Il imagine que toute l'histoire est revécue rétrospectivement dans l'esprit malade d'hermann, son héros, interné dans un hôpital psychiatrique depuis la conclusion tragique de certains événements : jeune officier désargenté, amoureux de cette belle Lisa que courtise le Prince Eletski, il avait rêvé de s'approprier le terrible secret de la Comtesse, la fameuse " Dame de Pique ", une combinaison gagnante infaillible aux cartes, qui lui aurait conféré fortune et amour. Il n'en résulta que mort et folie.
La mise en scène installe donc le spectateur dans une immense chambre d'un asile d'aliénés. C'est là que tout va se rejouer ; les différents protagonistes surgissant soudain, ici et là , comme s'ils s'imposaient à l'esprit malade d'hermann. Ils ont la force d'apparition des rêves obsédants. Quant à ses compagnons de réclusion psychiatrique, ils constituent un remarquable " chœr " - un vrai personnage à voir et à entendre -, au sens que lui donnait la tragédie grecque, et au sens musical aussi bien sûr.
Une mise en scène donc toute au service de la musique et des voix.

Stéphane Gilbart