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Liège, La donna del lago, 05/05/2018

La donna del lago

Dans sa mise en scène de " La Donna del Lago ", Damiano Michieletto a voulu prendre du recul par rapport cette histoire, l’installer dans une autre perspective.
Le livret original nous confronte aux sollicitations amoureuses contrastées auxquelles est soumise Elena. Douglas, son père, veut la donner à Rodrigo, mais elle aime Malcolm. De plus, le roi, qui l’a rencontrée incognito, s’est aussi épris d’elle. Mais, dans un contexte guerrier (le roi est l’ennemi du trio masculin précité), grâce notamment à une bague providentielle, à la générosité du roi, tout est bien qui finira bien : Elena épousera Malcolm.
Aux yeux de Damiano Michieletto, cette conclusion était trop belle pour être vraie ! Dès l’Ouverture, il va tenter de nous le prouver. Dans une espèce de salon huis-clos, nous découvrons Elena et Malcolm devenus bien vieux. La vérité (du moins celle de Michieletto) éclate : en fait, Elena préférait le roi comme le prouve un portrait installé sur la table du salon, et le vase de fleurs fraîches sans cesse renouvelées devant celui-ci. Comme le prouve aussi la colère jalouse à grand peine contenue de Malcom.
Toute la mise en scène est conditionnée par ce point de vue : le déroulement du récit apparaît alors comme la réapparition d’un passé révolu et révélateur, que les deux vieux escortent physiquement, devenus les " doubles "des jeunes héros qu’ils furent.
Une bonne idée ? En tant qu’idée, pourquoi pas, la question mériterait en effet d’être posée, mais scéniquement, sa concrétisation atteint vite ses limites : la présence perpétuelle des deux vieux au côté des héros devient fastidieuse, leur jeu muet, parfois peu compréhensible dans le contexte, distrait. Surtout, cela crée une réelle distance par rapport aux élans vocaux, et c’est dommage.
N’empêche, certains épisodes du récit offrent aux spectateurs de magnifiques paysages scénographiques, ainsi cette scène dans un champ aux hautes herbes sur lequel apparaît le chœur des guerriers. C’est splendide.
La partition de Rossini offre de magnifiques plages vocales aux différents protagonistes, qui ne se privent pas d’en profiter pour faire valoir leurs incontestables qualités. Peu dirigés scéniquement en fait, ils ont toute latitude de venir se placer face au public et de faire entendre et résonner leurs beaux – quoique parfois déchirés – chants.
Michele Mariotti démontre quel exact chef rossinien il est, suivi dans ses intentions par un excellent Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège.
Stéphane Gilbart
(photos Opéra Royal de Wallonie-Liège)