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Paris(Opera), La fanciulla del West, 01/02/2014

La fanciulla del West

A l’Opéra Bastille à Paris, la mise en scène de Nikolaus Lehnoff pour la " Fanciulla del West " de Giacomo Puccini veut prendre le pouvoir de la représentation, mais Puccini et ses interprètes tiennent bon et s’imposent.

Quand le rideau se lève au début du deuxième acte, le public ne peut contenir une réaction spontanée de surprise, exaspérée pour les uns, railleuse pour les autres. Au milieu du plateau, une caravane immense, dont on découvre l’intérieur rose aux parois matelassées ; sur un lit, des peluches. A l’extérieur, couchés au milieu d’un champ de draps-neige, deux immenses faons-Bambis aux yeux tendres. C’est, dit le livret, une cabane en rondins perdue au milieu de la forêt. Quand le rideau se lève sur le troisième acte, un vaste cimetière de voitures apparaît, qui suscite d’identiques réactions irrésistibles du public. C’est, dit le livret, une forêt californienne. Au premier acte déjà, la porte d’entrée du Polka-Bar, le lieu de divertissement des chercheurs d’or, est comme une immense rondelle de canalisation en béton, surplombée de projections de gratte-ciels. A la fin de la représentation, Minnie, la barmaid au grand cœur, surgit pour sauver l’homme qu’elle aime du haut d’un escalier de type Las Vegas ou Folies-Bergères, surplombé du lion rugissant de la Metro-Goldwin-Meyer.

On le constate, Nikolaus Lehnoff " a fait fort ". Typique en cela de tant et tant de metteurs en scène dont la préoccupation première est " la bonne idée " qui les distinguera. Typique aussi du mot d’ordre qui est devenu celui de pas mal d’entre eux : " Plutôt kitch qu’ému " ! Il est vrai que les tragédies et les drames " traditionnels ", théâtraux ou lyriques, fonctionnent selon des schémas assez primaires aux effets soulignés, et qu’il n’est donc pas étonnant que les spectateurs sourient et rient en les (re)découvrant. Au théâtre et à l’opéra, de nos jours, la tragédie fait rire !

Au long cours de nos pérégrinations théâtrales et lyriques, très souvent, nous avons été confronté à pareille attitude, et séduit très souvent aussi, dans la mesure où le metteur en scène, dans l’exotisme de ses propositions, faisait advenir une autre lecture, cohérente, de l’œuvre. Le problème surgit quand l’œuvre représentée en est occultée : l’œil happé par une scénographie inattendue, des inventions vestimentaires, des originalités de jeu, le spectateur en arrive à être distrait de l’essentiel, qui est, à l’opéra, la ligne, l’intensité, les nuances d’un chant, le tissu des tessitures entremêlées, les richesses subtiles de l’orchestration.

Mais ce qui est remarquable avec cette " Fanciulla del West ", c’est comment Giacomo Puccini, soumis à pareille concurrence, a fini par se faire entendre et écouter, par l’emporter ! Sa merveilleuse – cet adjectif est pesé - musique orchestrale a été finement, puissamment, délicatement, exactement servie par l’Orchestre de l’Opéra National de Paris sous la baguette inspirée de Carlo Rizzi. Quant à ses interprètes-phares et leurs partenaires – une imposante distribution : ils sont nombreux ces chercheurs d’or, qui ont leur mot à dire, leurs notes à chanter- ils ont magnifié leurs personnages, transcendant musicalement leurs caractères contrastés.

Stéphane Gilbart

(photo ONP / Charles Duprat)