Articles

Aix-en-Provence, La flûte enchantée, 02/07/2014

La Flute enchantee

En ouverture du Festival d’Aix-en-Provence, Simon McBurney a suscité l’enthousiasme du public avec sa mise en scène, sa mise en images, de " La Flûte enchantée " de Mozart, toute d’inventivité " enchanteresse ". Pablo-Heras Casado, le Freiburger Barokorchester et les solistes l’ont donnée à entendre avec un même bonheur.

La brûlante actualité sociale l’exigeant, la première de " La Flûte enchantée " - qui, conformément à un vote de tous les personnels du Festival, n’a pas été annulée - a commencé par une intervention de Simon McBurney rappelant combien la culture est essentielle et comment ses concrétisations seraient impossibles sans tous ceux qui travaillent dans les coulisses, qu’il a d’ailleurs appelés sur la scène pour les faire applaudir.

Le plateau, tel qu’il apparaît avant le début de la représentation, est déjà révélateur de l’esprit de la mise en scène : des portiques techniques bien visibles, un sur-plateau auquel sont accrochés des câbles, qui lui permettront tous les pivotements. Sur les côtés, deux étranges installations : une espèce de bureau et une armoire-vitrine. Pourquoi ? Un mystère bientôt dévoilé.

Le théâtre de Simon McBurney est fondamentalement un théâtre des origines, celui des tréteaux plantés sur les places publiques : une histoire va être jouée, qu’un magicien, le metteur en scène, va donner à mieux voir au moyen de trucs et d’astuces bien visibles, dont le paradoxe est qu’ils en tireront tous leurs effets : une plaque de tôle secouée fait entendre les coups de tonnerre, et ce " tonnerre en tôle " inquiète autant qu’il ravit.

Les installations du bord de scène seront les ateliers de cette magie scénique : l’armoire-vitrine est le lieu où va naître en direct, résultat d’un ingénieux bricolage à vue, la bande-son de l’opéra (pluie, cavalcade, chants d’oiseau) ; sur le bureau de gauche se déploieront toutes les manipulations nécessaires au surgissement projeté d’ombres chinoises, de silhouettes, de dessins à la craie. La magie d’aujourd’hui emprunte les voies d’une technologie de pointe, mais elle a sauvegardé l’esprit des manipulateurs des origines !

Une question essentielle cependant : tout cela est-il en harmonie avec cette " Flûte enchantée ", qui est à la fois un " conte merveilleux " et un récit d’initiation - celui du long et difficile cheminement de Tamino et Pamina jusqu’à ce qu’ils méritent enfin le triomphe de leur amour, avec des aides inspirées (Sarastro), des obstacles (La Reine de la Nuit), et leurs doubles comiques (Papageno et Papagena) ? Oui, absolument ! L’inventivité souriante de McBurney est à la fois au service du conte et des moments essentiels de la prise de conscience (ainsi le discours au public d’un Sarastro micro en main, ayant pris la place du chef d’orchestre). Cette " Flûte enchantée " n’est pas confisquée par les tenants de l’une ou l’autre de ses lectures, elle est bien là dans le merveilleux entrelacs de toutes ses composantes conjuguées.

Mais la musique et le chant ? Eux aussi sont magnifiés ! Celle-ci superbement interprétée par le Freiburger Barokorchester, sous la baguette nuancée de Pablo Heras-Casado. Celui-là s’imposant grâce à la belle distribution réunie. Amusant : la Reine de la nuit est une vieille sorcière fatiguée à la Walt Disney, aussi virtuose dans l’art de se déplacer avec son fauteuil roulant de handicapée que dans ses vocalises...

Stéphane Gilbart
(photo Pascal Victor)