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Liège, La forza del destino, 18/04/2013

La forza del destino

L’opéra, ce sont les oreilles évidemment, et comment ! Mais ce sont aussi les yeux, et comment également. Une vérité qui se vérifie magnifiquement avec cette “Forza del destino” actuellement représentée à l’Opéra de Liège.

On se rappellera que cette “terrible tragédie” de Verdi, aux nombreux hasards plus que sollicités par Francesco Maria Piave, le librettiste, multiplie et complique les lieux de l’action : de l’Espagne à l’Italie, un château, une auberge, un couvent, une église, un campement militaire, un champ de bataille, le couvent de nouveau, et un ermitage perdu dans une montagne sauvage… Voilà bien un sacré défi pour les scénographes !

Guillermo Nova, le scénographe cette mise en scène de Francesco Maestrini, s’en joue en proposant au public des images splendides, des “tableaux” merveilleux. Objets réels et projections se fondent en une illusion confondante. Comme cela est beau, et surtout quelles atmosphères en résultent. Splendeur, misère, couleur locale, horreur, solennité des lieux ! Le spectateur – qui ne peut taire son émerveillement - est plongé dans les ambiances superlatives de l’œuvre.

Bien sûr, cette histoire plutôt tarabiscotée n’a que peu d’intérêt en elle-même. Le spectateur y trouve le plaisir enfantin de se laisser aller à un récit de grands déferlements d’honneurs, de vengeances, de quiproquos, de malentendus, de sentiments exacerbés. C’est que tout cela n’est que prétexte – réjouissant prétexte - aux développements musicaux, orchestraux et vocaux.

Et là réside la réussite de Verdi ! Certains thèmes, récupérés par le cinéma ou la publicité, appartiennent désormais à notre commune expérience, à notre patrimoine commun. Quant aux airs, quelle que soit leur “tonalité” - sentimentale, douloureuse, héroïque, vengeresse, désespérée, religieuse, militaire -, leur succession en fait comme un catalogue de “variétés lyriques” : chœur de pauvres êtres affamés, babillage drolatique d’un moine rouspéteur – Fra Melitone –, ironie menaçante d’une gitane prophétique, et grands cris (mélodieux !) de héros obsessionnels ou empêtrés dans les filets de la fatalité.

Et si les voix sont à la fête, et ne la ratent pas, l’orchestre aussi, dont certains pupitres – la harpe, la clarinette ou… les tambours – ont leur rôle à jouer ! Tous d’ailleurs efficacement menés et motivés par la baguette précise et nuancée de Paolo Arrivabeni.

Stéphane Gilbart

(Photo Jacques Croisier)