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Bruxelles(Monnaie), La vestale, 13/10/2015

La vestale

Le général romain Licinius a remporté une victoire décisive contre les Gaulois. C’est bientôt l’heure du "triomphe". Mais pourquoi donc est-il ainsi tourmenté en ces heures d’apothéose ? C’est qu’il est désespérément amoureux de Julia, mais d’un amour absolument impossible : celle-ci en effet, sur les instances de son père mourant, est devenue prêtresse de Vesta, gardienne virginale du feu sacré, définitivement exclue du monde des hommes donc. Mais on l’imagine facilement, les deux amants se retrouveront, le feu sacré s’éteindra, une condamnation sans appel sera prononcée… Tout est donc mal qui finit mal ? Non, Vesta, émue, intervient magiquement… Les deux amants pourront s’aimer librement ! "La Vestale"est donc un opéra qui, contrairement aux normes, se termine bien ! Exultate !

"La Vestale", une œuvre de Gaspare Spontini (1774-1851), créée à Paris en décembre 1807, est une œuvre plutôt rarement représentée.

Mais elle est à l’affiche de La Monnaie à Bruxelles. Enfin pas tout à fait exactement… et cette restriction a ses conséquences : La Monnaie en effet est en travaux toute cette saison. La voilà donc "extra muros", "hors ses murs", nomade, s’installant ici et là.

"La Vestale"est représentée au Cirque Royal, un lieu "circulaire"qui n’avait pas mal réussi le mois dernier à "L’Elisir d’amore"de Donizetti, du moins dans la version balnéaire (une plage ensoleillée) aussi cohérente que réjouissante qu’en avait proposée Damiano Michieletto, et cela même si certains spectateurs ne jouissaient pas des meilleures conditions de visibilité et d’écoute (personnellement, nous avions commencé la représentation derrière une poubelle de plage, tout à côté des violoncelles – l’orchestre étant à vue, à droite du plateau). Mais la pertinence de la proposition faisait oublier ces désagréments "indépendants de toute mauvaise volonté".

Un problème s’est posé cette fois avec la disposition prévue pour l’orchestre : il est certes devant le plateau, en arc de cercle, mais le chef, lui, se trouve tout au bord du plateau et tourne le plus souvent le dos à son orchestre. Ce qui, on l’imagine facilement, pose des problèmes d’attaque, de dynamisme, d’expression, de cohésion. Pourquoi pas l’inverse, dos au plateau, dans la mesure où les chanteurs, eux, ont l’habitude de se régler sur les images d’écrans de télévision répartis çà et là…

D’autre part, la mise en scène ne répond pas vraiment aux attentes. Et pourtant… Nous connaissons bien le travail d’Eric Lacascade, nous l’avons apprécié à de multiples reprises ; séduit notamment par la belle façon dont, au théâtre, il mobilise et maîtrise une distribution nombreuse. A-t-il été tétanisé par le défi d’une première mise en scène à l’opéra et dans des conditions spatiales peu aisées ? Quoi qu’il en soit, ses choix ne nous ont pas convaincu. Ainsi, au premier acte, pourquoi cet air décisif de Julia, là-bas, tout au fond du plateau, si loin ? Pourquoi ces processions incessantes du chœur, qui finissent par donner le tournis ? Quant à la scénographie, elle interpelle aussi : les tuniques "arte povera cheap"des vestales, le "marcel"noir de Licinius, ces tables et ces bancs sur lesquels on grimpe et cette valse de bouteilles très "oktoberfest"… On en vient presque à regretter une version "de concert".

Car heureusement, nous sommes à l’opéra, et l’essentiel, n’est-ce pas, est dans le chant et les voix qui le portent ! Cette soirée est quand même l’occasion heureuse de découvrir de très belles pages de Spontini, bien "défendues et illustrées"par ses interprètes. Oui, il valait la peine de faire entendre cette "Vestale"!

Stéphane Gilbart
(photos Clärchen und Matthias Baus)