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Bruxelles(Monnaie), Macbeth, 13/09/2016

Macbeth

Ouverture de saison au Palais de La Monnaie – ce chapiteau plutôt confortable érigé en périphérie de la ville et que les amateurs d’opéra à Bruxelles fréquenteront encore jusqu’à la fin de la saison à cause de nouveaux retards dans la rénovation du théâtre en ville : c’est, bien loin de toutes ses hyper-dramatisations traditionnelles, un "Macbeth"aux images et aux couleurs du rêve que propose Olivier Fredj.
Une conception qui s’annonce dès l’Ouverture, par la projection sur le rideau de scène d’images de dormeurs au sommeil agité et de toutes sortes de figures aux formes tarabiscotées.

Pour ce "Macbeth"-là, la vie est un rêve ! Cela va se concrétiser dans une multitude d’images scéniques dont il faut souligner la qualité de la réalisation et "l’inquiétante étrangeté", comme le disait Freud dont on imagine qu’il n’est pas loin. L’action se situe dans une sorte de grand hôtel de style art déco, avec soubrettes, serveurs et maîtres d’hôtel à profusion, grand lustre, lit kitsch ; ses différentes péripéties se déroulant tantôt dans le lobby, tantôt dans la vaste cuisine. Rêve oblige, on passe d’un lieu à l’autre en toute fluidité irrationnelle (bravo aux scénographes) ; y surgissent des personnages improbables, déclinaisons fantastiques (les sorcières par exemple) des habitués de pareils lieux. Pourquoi pas cette lecture, ne dit-on pas de quelqu’un qu’il est habité de "rêves de grandeur"!

Un problème se pose cependant, c’est celui d’une importante perte de tension dramatique et de la multiplication des distractions : on regarde ce qui s’agite et l’on est d’autant moins attentif aux mots, aux émotions, au chant qui les transcende. On s’interroge sur le pourquoi de telle ou telle apparition. Une fois de plus, le metteur en scène s’interpose entre l’œuvre et nous. Son point de départ onirique est peut-être pertinent, mais sa systématisation, la primauté qui lui est donnée, portent atteinte à l’essence de l’œuvre.
Pourtant cependant, au quatrième acte, le Chœur des Proscrits ("Patrie opprimée") et les interventions de Macduff et Malcolm, la grande scène de somnambulisme de Lady Macbeth, les derniers mots de Macbeth, émeuvent, significatifs de tout ce qui s’est joué, de tout ce qui a été définitivement bouleversé par "les rêves de grandeur". Mais, si tout cela nous touche ainsi, c’est parce que le metteur en scène s’est effacé (avec quand même la bonne idée du chœur dans la salle, impliquant ainsi le public), laissant enfin la place qui leur revient, première, essentielle, à Verdi, à l’orchestre, aux solistes et aux chœurs ! Ces séquences-là donnent un sens à la soirée !

Des chœurs et un orchestre symphonique de La Monnaie justement conduits par Paolo Carignani, dont l’approche de la partition est, elle, bien concrète, bien réelle, juste. Quant aux solistes, nous imaginons combien parfois cela doit être pénible pour eux de tenter de faire valoir tout leur talent, toute la finesse de leur perception d’une œuvre, toute l’expression qu’ils lui donnent, dans un contexte qui, en quelque sorte, les efface !

Ajoutons qu’un violent orage a attendu le top de départ de la représentation pour éclater : ses pluies violentes rebondissant et résonnant sur la toiture du chapiteau ont ajouté une ligne fortissimo imprévue à la partition de l’opéra. Quant aux avions qui atterrissent à l’aéroport tout proche, sonorement bien réels, ils ne déparaient pas dans le rêve évoqué…

Stéphane Gilbart
(photos BUhlig)