Madama Butterfly

Musical workComposerDate of performancesCityCompany
Madama ButterflyPuccini31/01/2017 - 14/02/2017BruxellesLa Monnaie/De MuntView performance details
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Cette "Madama Butterfly"surprend dès les premiers moments de sa représentation. En effet, Cio-Cio San qui, normalement, ne fait son entrée que plus tard, après avoir été déjà évoquée et caractérisée, entre immédiatement sur le plateau, mais étrangement. A petits pas, elle vient s’installer sur un tabouret à gauche de l’avant-scène. Agée, elle n’a pas l’air de la toute jeune fille de quinze ans dont on va nous parler. Elle est comme le témoin de ce qui commence à se jouer, à se rejouer en fait.

On comprend vite le point de vue de Kirsten Dehlholm, la metteure en scène avec son groupe Hotel Pro Forma : c’est le fantôme de Madama Butterfly que nous venons de découvrir, un fantôme qui, jour après jour, nuit après nuit, revit toute cette histoire qui l’a conduite au suicide rituel. Celle qui "incarne"son rôle dans la "reconstitution"de l’affaire, c’est une marionnette manipulée par trois marionnettistes. Certains mots du "mari"du livret prennent alors tout leur sens : "penser que ce jouet est ma femme"; "avec ses airs de poupée, quand elle parle, elle m’enflamme". Elle est papillon épinglé, elle est pantin.
Ce qui séduit immédiatement dans cette mise en scène, c’est son extrême beauté. Chaque épisode est l’occasion d’une surprise visuelle, grâce notamment à un éventail fascinant d’effets lumineux, à la somptuosité absolument originale des costumes des "figurants"(des origamis vestimentaires), à une magnifique séquence du "duo des fleurs"ou à l’apparition d’un prince Yamadori en paon triomphant-penaud.

Il y a un problème cependant, c’est que nous en restons au stade de la contemplation. Or "Madama Butterfly", par son récit bien sûr, mais par son chant et sa musique surtout, est une œuvre d’émotion intense, d’empathie qui culmine en identification : le spectateur est emporté ! Ici, ce n’est plus le cas, il découvre, il admire. Sauf, comme toujours avec ces mises en scène à concept, quand le récit s’arrête et que sur le plateau, il n’y a plus qu’une voix qui chante. A ces moments-là, l’émotion – qui n’est pas un péché capital – triomphe, si belle dans la conjonction artistique de ce qui l’a fait naître.

Et c’est pourquoi je ne suis pas d’accord avec Kirsten Dehlholm quand elle écrit : "Musique et image sont séparées, elles occupent chacune leur propre espace. La soliste-narratrice porte la musique et la voix, la marionnette donne de l’ampleur à l’émotion musicale par la simplicité et l’expressivité de ses gestes muets. Les deux espaces, celui de la musique et de l’image, adoptent leur forme la plus authentique et sont recomposés et sont réunis dans l’esprit du public, dans une concentration intense d’émotion et de plaisir". Pas pour moi : les deux univers sont restés dissociés, et très souvent, je me suis retourné vers la soliste-narratrice. C’est elle qui, par son chant, accomplissait la merveilleuse synthèse qu’est tout opéra, multipliant l’anecdote d’une existence par l’art qui s’en est emparé. Une performance compliquée pour une soliste condamnée à l’immobilité sur son tabouret. Quant à la marionnette, j’en ai connu de bien plus expressives

Ce genre de mise en scène se caractérise toujours aussi par des éléments de type plaisanterie de potache : pourquoi des chaussures de clown et une marche compliquée pour Pinkerton ? Pourquoi la canonnière devenue immense bateau de croisière ? Pourquoi l’oncle bonze comme de retour du Pôle Nord ? Pourquoi le bébé en baudruche devenant immense poupée à la fin ? Oui, je sais, il y a sans doute d’incontestables justifications dramaturgiques, n’empêche…

Ce que je dois absolument saluer en conclusion, c’est la magnifique prestation de l’Orchestre Symphonique de La Monnaie sous la direction de Roberto Brizzi-Brignoli. J’étais idéalement placé pour observer le travail de ce chef, pour en apprécier tout l’engagement. Manifestement imprégné, convaincu, de l’œuvre, il a obtenu de ses musiciens qu’ils en exaltent la si belle partition, que ce soient dans les mouvements d’ensemble ou lors de ces interventions solistes si importantes dans la caractérisation des états d’âme des personnages.

Stéphane Gilbart
(photo Bauer)

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