Otello

Musical workComposerDate of performancesCityCompany
OtelloVerdi12/02/2016 - 15/03/2016AntwerpenOpera VlaanderenView performance details
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L’"Othello"de Shakespeare est une œuvre d’une incroyable vérité humaine, d’une force théâtrale extraordinaire. Son texte, retravaillé par Arrigo Boito et magnifié par la musique de Giuseppe Verdi, a pris encore une autre densité/intensité. A l’Opéra des Flandres, Alexander Joël, qui le dirige, et Michael Talheimer, qui le met en scène, l’exaltent !

Otello est un superbe guerrier, le voilà vainqueur ; il a épousé la si douce et si belle Desdémone. On l’acclame. Ses premiers mots quand il apparaît : "Esultate"! Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? C’est compter sans la jalousie, les rancoeurs, les frustrations, la soif du pouvoir, incarnées en un seul homme : Iago. Démoniaque, habile connaisseur de l’âme humaine et manipulateur. "Grâce à lui", inexorablement, la tragédie ira à son terme fatal !

Michael Talheimer, le metteur en scène, adopte immédiatement un point de vue radical : cette sombre tragédie, dès ses premiers moments, de victoire heureuse pourtant, sera plongée dans un noir quasi absolu : boîte noire scénique ; vêtements noirs des protagonistes et du chœur ; marques ou masques noirs sur les visages. C’est que tout est en germe déjà pour que le pire advienne. Pour Michael Talheimer, il est donc juste de le montrer ainsi. Cette obscurité universelle se déchire parfois pour des épisodes que leur lumière relative met d’autant mieux en évidence : ainsi, dans une sorte de fenêtre qui s’ouvre sur le mur du fond du plateau, les apparitions – angéliques - de Desdémone, celle du chœur accompagnant l’envoyé du doge, un choeur antique dans sa réaction corporelle terrifiée au spectacle des emportements d’Otello. Ou encore, à l’acte IV, la robe de mariée de Desdémone, si blanche dans cette obscurité, et qui sera son linceul. Les yeux ont compris, le cœur s’étreint.

Dans cette nuit de l’âme, les personnages sont saisis par le faisceau d’un projecteur qui ne les lâche pas. Il n’y a pas d’issue. Pauvres êtres humains écrasés par la fatalité. De plus, quand d’autres occupent le plateau, Otello comme Iago, le plus souvent, sont là, tapis dans cette nuit, aux aguets ou prostrés, incapables d’échapper à la fascination de ce qui va les détruire.

La réussite de cette mise en scène culmine à l’acte IV, en ces moments si tragiquement beaux du chant du saule et de la prière de Desdémone, de la double mort. Dans la nuit qui va définitivement triompher, l’éclat lumineux de la robe de mariée de Desdémone. Tout cela est si "merveilleusement douloureux".

Il est vrai aussi, et c’est évidemment essentiel, que l’après-midi où nous étions là, les solistes ont magnifié le chant de leurs exaltations, de leurs perfidies, de leurs incompréhensions, de leurs désarrois. Et l’orchestre, particulièrement inspiré, l’Orchestre Symphonique de l’Opéra des Flandres, superbement emporté par Alexander Joel, a conféré à la musique de Verdi toute la part incontestable qui lui revient dans cette œuvre de la plénitude accomplie.

Stéphane Gilbart
(photo Annemie Augustijns)


Otello

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