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Luxembourg, Otello, 21/05/2012

Otello

Otello de Verdi, c'est d'abord Othello de Shakespeare, une tragédie extraordinaire dans la caractérisation de ses personnages, devenus de véritables types humains, dans la fatalité inexorable qui entraîne l'intrigue jusqu'à son terme inéluctable, doublement fatal: Othello tue Desdémone, Othello se suicide. Pauvre et stupide Othello poussé sur la pente fatale de la jalousie meurtrière par les ruses diaboliques du traître Iago, triste Desdémone si douloureusement accusée à tort.

Verdi était fasciné par Shakespeare, qu'il lisait et relisait. Mais c'est bien tard pourtant, en 1879, il a alors soixante-six ans, qu'il ose enfin s'en emparer. Et si son opéra est une réussite, c'est grâce aussi au remarquable travail du librettiste, Arrigo Boito, qui a su non seulement préserver mais accroître la tension de l'oeuvre initiale.

Verdi apporte une réponse positive à la question qui se pose toujours à propos de la pertinence de l'adaptation d'un pareil chef-d'oeuvre. Sa musique multiplie les effets du texte. Elle est pure émotion, atmosphère sans pareille, élément constitutif du drame. Elle annonce, elle dit, elle rappelle, elle souligne, elle déplore, elle ironise. Quant aux voix, dans leurs tessitures conjuguées, quels échosmystérieux ne suscitent-elles pas en chacun. Ah! la rage d'Otello, l'innocence bafouée de Desdémone, le ricanement de Iago!

Cet Otello est aussi celui d'Andreas Kriegenburg, longtemps directeur du Thalia Theater à Hambourg. Pour lui, Otello est typique d'une société trop longtemps ravagée par la guerre. Les individus en sont marqués au plus profond d'eux-mêmes; ce qui a des conséquences épouvantables sur leur façon de voir les choses et de réagir. La scénographie, inattendue mais explicite, dit cet univers compromis, et établit des liens forts avec certaines réalités de notre monde d'aujourd'hui.

Stéphane Gilbart