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Paris(Opera), Pelléas et Mélisande, 28/02/2012

Pelleas et Melisande

Pelléas et Mélisande est la rencontre de deux exigences accomplies: celle d'un texte, celle d'une musique, celle de Maurice Maeterlinck et de Claude Debussy. L'écrivain belge y a concrétisé ses rêves d'une écriture symboliste : tout ce qui se dit, tout ce qui se joue est l'écho d'une autre réalité. Ce monde-ci n'est qu'une apparence. Et c'est dans la banalité des propos échangés, dans les silences qui les séparent qu'il faut entendre l'essentiel. Quant à la musique de Debussy, superbe écho à son tour, elle magnifie cet univers de l'infinie suggestion. Quelle osmose entre les mots et les sons !

Ce Pelléas et Mélisande est l'occasion d'une " prise de rôle " pour Philippe Jordan, le Directeur Musical de l'Opéra de Paris. Les nombreux intermèdes musicaux qui jalonnent la partition lui permettront de faire valoir ses qualités d'analyse et d'interprétation, de concrétiser cette relation qu'il développe avec son orchestre.

Nous allons donc revivre la tragique histoire d'amour de cette Mélisande surgie de nulle part et de Pelléas, le demi-frère de son mari Golaud, dans un royaume au bord de la mer, si délaissé du soleil, et où règnent la maladie et la famine.

Robert Wilson signe la mise en scène (créée en 1997) de ce Pelléas. S'il y a bien " un système Wilson ", immédiatement reconnaissable dans chacune des œuvres qu'il " interprète ", avec ses effets de lumière bleutée, son hiératisme, ses personnages de profil, ses jeux d'ombres, ses quelques éléments de décor abstraitement signifiants, il faut admettre qu'il convient à merveille à l'univers conjoint de Maurice Maeterlink et de Claude Debussy. Pareille mise en scène apparaît à son tour comme éminemment symboliste, se débarrassant, dans son refus du réalisme des décors, du " jeu " des chanteurs, ou d'une psychologie réductrice, du poids de ce réel-réel que voulait éliminer l'auteur belge. On atteint alors vraiment à l'essentiel dans cette réunion, dans cette conjugaison d'un texte, d'une musique et de leur visualisation.

" Pelléas et Mélisande " est bien une magnifique tragédie.

Stéphane Gilbart