Rigoletto

Musical workComposerDate of performancesCityCompany
RigolettoVerdi04/07/2013 - 26/07/2013Aix-en-ProvenceFestival d'Aix en ProvenceView performance details
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Dans la mesure où l’opéra, le plus souvent, est la reprise perpétuée des mêmes chefs-d’œuvre d’un corpus assez limité, indépendamment des voix nouvelles qui s’approprient leurs rôles, ce sont les metteurs en scène qui font ou prétendent faire l’événement. Et l’on parlera alors de la " Carmen " de X ou du " Siegfried " de Y.

Le " Rigoletto " de Verdi, créé à Venise en mars 1851, est l’un des opéras les plus mis en scène : les statistiques établies par notre site Opérabase font état de 395 représentations pour la seule saison 2012-2013, ce qui installe cet opéra en 9e place du " hit-parade " lyrique !
Inutile de dire qu’il est sans doute à lui seul un catalogue de tout ce que l’on peut faire et montrer sur un plateau d’opéra. Ainsi, au printemps dernier, au Metropolitan Opera de New-York, c’est dans un immense casino de Las Vegas que Michael Mayer déménageait la Cour du Duc de Mantoue. Un transfert réussi !

Cette fois, le canadien Robert Carsen, dont nous n’oublierons pas notamment les bouleversantes " Jenufa " et " Katia Kabanova ", a décidé de lui donner résidence sous un chapiteau de cirque ! Pourquoi pas en fait si l’on convoque l’image stéréotypée du " clown triste " : celui qui fait hurler de rire petits et grand, mais dont le comique bouffon n’est que la face visible d’un monde intérieur tragiquement déchiré. Le problème de pareil point de vue est que, régulièrement, il " s’essouffle " : s’il est effectivement pertinent en un premier temps, il n’évolue plus et se retrouve vite en porte-à-faux avec l’œuvre, dans les péripéties de son livret, dans les nuances de sa partition.

Une situation à laquelle n’échappe pas la mise en scène de Robert Carsen. Nous voilà donc dans un cirque dont le directeur ne cesse de multiplier les conquêtes, faisant fi de toutes les convenances, éliminant ses collaborateurs si leur compagne est à son goût obsessionnel. A ses côtés, redoutablement efficace avec les armes lourdes de son humour dévastateur, le clown Rigoletto. Un Rigoletto dont les victimes décident de se venger. Et l’engrenage tragique de se mettre en branle. Rigoletto a un secret, Gilda, sa fille chérie. Le hasard lui a fait rencontrer le Duc, déguisé. Elle a été séduite, immédiatement. Quiproquo. Elle est enlevée par ceux-là qui pensent qu’elle est la maîtresse de Rigoletto. Elle est séquestrée chez le Duc. Fureur désespérée de Rigoletto. Projet de vengeance. La jeune fille amoureuse, bien qu’elle ait été désabusée, se sacrifie pour sauver le séducteur. Douleur incommensurable du bouffon tragique, maudit !

Le problème est que si les premières séquences de l’opéra supportent pareille lecture, celles qui suivent n’ont pas la même crédibilité. Et tout le dispositif scénographique scrupuleusement reconstitué, avec interventions d’acrobates et de " femmes dressées " sous le fouet du patron (elles nous ont d’ailleurs valu un nouvel épisode typique de la saison qui s’achève : les prestations comme figurantes dénudées de danseuses de cabaret…) de se révéler alors plus qu’encombrant, malgré quelques séquences aériennes.

Mais Verdi est le plus fort ! Et nous vibrons à l’unisson du destin de ces deux personnages fatalement condamnés, l’une par sa passion, l’autre par sa suffisance servile, grâce à cette musique fabuleuse dans ses moyens et ses effets multiples.

Dans la fosse, le London Symphony Orchestra se révèle un bel instrument aux mains de Ginandrea Noseda.

Stéphane Gilbart

Rigoletto

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