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Bruxelles(Monnaie), Rusalka, 06/03/2012

Rusalka

A l'origine, un conte : Rusalka, une nymphe, veut quitter le royaume des eaux, afin d'être enfin visible de cet homme qu'elle aime tant. La sorcière Jezibaba lui oppose les terribles conséquences de pareille décision : femme, elle sera muette ; et si son amant se révèle infidèle, lui mourra et elle sera maudite à jamais. Qu'importe pour Rusalka !

Et le Prince en effet se lasse vite de cette femme si froide et si muette ; il cède aux charmes d'une princesse étrangère.

Rusalka est désespérée et condamnée à l'errance. Une seule solution, lui dit la sorcière : tuer elle-même le prince infidèle. Elle s'y refuse. Mais le Prince, qui a découvert son amour pour elle, est parti à sa recherche. Quand il la retrouve, elle le met en garde: il mourra s'ils s'embrassent. Qu'importe pour le Prince!

Tel est le conte que Dvorak met en musique et crée au Théâtre National de Prague le 31 mars 1901.

Une partition qui est une excellente occasion de " s'immerger " (un terme qui convient pour pareille inspiration) dans l'univers musical de Dvorak.

Quant à la mise en scène de Stefan Herheim - une reprise de celle qu'il avait proposée à La Monnaie déjà en 2008, mais repensée, retravaillée -, elle transpose l'univers féerique dans un monde urbain hyperréaliste sans cesse bousculé par des apparitions fantastico-surréalistico-poétiques. Elle accumule les inventivités scénographiques (une colonne Morris-" aquarium ", un comptoir de bar sur roulettes), les séquences inattendues (surgissements de nonnes en cornettes, d'un hippie-joint au bec ou d'une ménagère furibarde ; cortèges carnavalesques à la Ensor!). Et surtout, elle multiplie les suggestions de sens quant à la portée du conte, quant aux relations entre les uns et les autres, se référant très nettement à une approche psychanalytique de cet univers-là .

Adam Fischer, déjà dans la fosse en 2008, dirige une double distribution.


Stéphane Gilbart