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Berlin(UDL), Siegfried, 03/10/2012

Siegfried

A la fin de la représentation, un public enthousiaste salue longuement tous ceux qui ont contribué au succès de ce “Siegfried”. Une réussite effectivement.

Il y a bien sûr, en ce deux centième anniversaire de sa naissance, la musique de Richard Wagner, qui nous saisit, comme chaque fois, dès les premières mesures du prélude. Certains, on le sait, y sont définitivement allergiques, mais ils n’ont manifestement pas poussé le masochisme jusqu’à être là -… pendant cinq heures et demie… - pour se conforter dans leur refus / rejet / aversion. Pour les autres, ceux qui aiment et d’une affection parfois irraisonnable, c’est le bonheur des énièmes retrouvailles. Restent ceux qui découvrent cet “univers” (un mot qui convient exactement) parce que des amis les y ont conviés ou que pareille soirée est bienvenue lors d’un séjour dans une grande ville comme Berlin. Pas de doute, la façon dont la Staatskapelle Berlin, Daniel Barenboim, son chef, et le plateau réuni ce soir-là, ont “fait sa fête” à ce “Siegfried” les a séduits !

Un opéra de Wagner, c’est aussi, et plus que pour beaucoup d’autres, l’attente de la mise en scène qui prétend en rendre compte.

Guy Cassiers et ses éternels complices du Toneelhuis d’Anvers (Enrico Bagnoli à la scénographie et aux lumières ; Tim van Steenbergen aux costumes, Arlen Klerkx et Kurt D’Haeseleer à la vidéo, Sidi Larbi Cherkaoui pour les épisodes chorégraphiés) proposent donc le troisième volet de cette “Tétralogie” qu’ils déclinent au Staatsoper de Berlin et au Teatro de la Scala de Milan.

L’univers de leur mise en scène se met au service de l’univers de Wagner. La suggestivité des éléments de décor, la magie des lumières, “l’abstraction lyrique” des vidéos, tout cela n’enferme pas le spectateur dans une “réalité” qui lui serait imposée. Chacun reste libre des associations que lui suggère le courant du fleuve des images, tantôt paisible, tantôt emporté dans des déferlements furieux, à l’image des situations et des états d’âme des personnages.

Et les émotions sont fortes alors qui naissent évidemment du chant des “héros” et de ces images scéniques, dont pas mal sont subliminales. Et quelle bonne idée par exemple que cette muraille faite des débris des épées que Siegfried ne cesse de briser au fur et à mesure que Mime les forge ; quelle belle scène que celle de la solitude de Siegfried dans la forêt de Fafner et sa rencontre avec l’oiseau ; quelle magnifique séquence que celle du combat avec le dragon-Fafner-grande toile agitée par des danseurs ; et quels beaux leitmotive visuels que ces traits, coulées, traces rouges qui régulièrement annoncent le bûcher à venir, celui de la “révélation” de Siegfried, du réveil de Brünnhilde et de leur extase partagée : “leuchtende Liebe, lachender Tod – Amour étincelant, Mort radieuse” !

Oui, ce “Siegfried”-là est le résultat d’une rencontre aboutie entre deux magies, celle de la musique de Wagner et celle de la mise en scène de Guy Cassiers and Co.

Stéphane Gilbart

photo Koen Broos