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Luxembourg, The Raven, 27/06/2012

The Raven

A l'origine de cette production, The Raven, un des contes poético-fantastiques d'edgar Allan Poe : le narrateur, au cours d'une nouvelle nuit sans fin, tente, par l'étude, de " se distraire " de la mort de Lénore, sa bien-aimée. En vain. Soudain, on frappe à sa porte. C'est un corbeau, dont les seuls mots toujours répétés seront : Nevermore - Jamais plus. " Et le corbeau, immuable, reste là ! et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher ; et mon âme, hors du cercle de cette ombre, ne pourra plus s'élever, - jamais plus ! "

Ce récit, le compositeur japonais Toshio Hosokawa et le metteur en scène allemand Jan Speckenbach l'ont métamorphosé en une expérience lyrique fascinante, " un monodrame pour voix de femme et ensemble ". On y retrouve ces univers musicaux qu'hosokawa a imposés avec la force de conviction tranquille qui est la sienne dans Hanjo et Matsukaze. Cette musique-là , dans la subtilité de ses atmosphères, dans le jeu raffiné de ses évocations, dans la soie moirée de son orchestration, dans les modulations délicates d'un chant si révélateur d'émotions et de sentiments intensément contrastés, pourrait d'ailleurs se suffire à elle-même comme l'a prouvé la création de l'œuvre au récent festival belge Ars Musica. Cette fois encore, la musique d'hosokawa accomplit la synthèse des deux cultures qui ont nourri son art. Le théâtre Nô, aussi, l'a encore inspiré.

Quant à Jan Speckenbach, il multiplie l'approche sensorielle de cet univers crépusculaire par un jeu remarquable d'images vidéo qui démultiplient la protagoniste, qui font surgir son sinistre interlocuteur, qui installent ce rapport à la nature qu'hosokawa considère comme essentiel. Mais aucun réalisme réducteur : se conjuguant aux sons, les images, comme les lumières, installent le spectateur dans un autre monde, d'obsession funèbre, d'inquiétude définitive, où toutes les certitudes basculent.

Sur le plateau, les musiciens de l'ensemble luxembourgeois Lucilin, placés sous la direction de David Reiland, expriment dans la pertinence de leur interprétation leur bonheur d'" animer " cette partition dont ils ont passé la commande à ce compositeur qu'ils " accompagnent " depuis un certain temps.

l'interprète-dédicataire de l'œuvre est la mezzo-soprano Charlotte Hellekant qui, elle aussi, manifeste, et dans son chant et dans son jeu, sa prédilection pour cet univers qu'elle a déjà parcouru avec Matsukaze.

Stéphane Gilbart

The Raven, créé scéniquement au Grand Théâtre de Luxembourg, sera notamment repris au Théâtre des Bouffes du Nord au début de la saison 2013-2014