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Paris(Opera), Tosca, 10/10/2014

Tosca

A l’Opéra Bastille de Paris, "Tosca" de Puccini, mise en scène par Pierre Audi, est mise à l’honneur et justifie sa prédilection au cœur des amateurs d’opéra.

Les cinq dernières saisons, comme nous l’apprennent les statistiques de notre site Opérabase, " Tosca" a connu 537 représentations, ce qui la met à la cinquième place du classement des œuvres les plus mises à l’affiche (bien après " La Traviata", quasi hors concours, 748 représentations ; juste après "Carmen", "La Flûte enchantée" et "La Bohème"). Le public ne cesse donc d’être fasciné par la dramatique histoire de cette jeune femme plutôt simple et pieuse, devenue grande cantatrice, drôlement jalouse dans sa relation amoureuse avec Mario Cavaradossi, un peintre politiquement engagé, et qui va se muer en héroïne tragique dans un affrontement terrible avec Scarpia, un chef de police incarnation du mal.

Il est vrai que le livret de l’opéra, inspiré d’une pièce à succès de Victorien Sardou, magnifiquement restructurée pour les besoins de la scène lyrique par les efforts conjugués des librettistes Giacosa et Illica… et de l’omniprésent Puccini lui-même, est d’une incontestable efficacité dramatique, installant rapidement les personnages, combinant les atmosphères, et progressant implacablement vers le paroxysme final : l’exécution du peintre ; le saut dans le vide de Tosca, du haut du Château Saint-Ange à Rome, au cri de : " Scarpia, Dieu nous attend" !

Il est vrai aussi que Puccini exalte l’œuvre, dans sa partition orchestrale, dans ses airs. Avant même que Scarpia n’apparaisse, l’orchestre, à la seule évocation de son nom, dénonce déjà sa noirceur démoniaque ; le sacristain a eu droit à la petite musique guillerette d’un homme tranquille étranger aux soubresauts du monde ; les premières notes de Tosca disent sa jeunesse impétueuse, sa piété ; et l’acte II, celui de la torture du peintre, du chantage de Scarpia, des tourments de Tosca, est culmination orchestrale et vocale ; et comme ils sont déchirants les cris de l’héroïne constatant la mort bien réelle de celui qu’elle avait cru sauver.

En réponse à l’engouement, à l’Opéra de Paris Bastille, ce ne sont pas moins de vingt représentations qui ont été prévues pour "Tosca". De quoi permettre au plus large public de retrouver l’œuvre affectionnée ou d’en découvrir les fascinations. Ce qui a nécessité une distribution multiple pour les rôles principaux. Quant à l’orchestre, qui en était à sa quinzième représentation, dirigé par Evelino Pido, il a été à l’exacte mesure de la partition.

Dans sa mise en scène, Pierre Audi s’est mis au service de l’œuvre. Il n’est pas de ces metteurs en scène qui s’interposent entre une œuvre et le public : il la donne à voir afin qu’on puisse mieux l’entendre! Cette fois encore, comme il l’avait fait pour son "Pelléas et Mélisande" de Bruxelles, il a  "installé" (au sens plastique du terme) un " objet monumental", significatif, sur le plateau : une immense croix, piédestal des ministres de l’Eglise et de Scarpia à l’acte I, écrasant "surmoi" aux actes II et III. Et beaucoup est dit ainsi sur la collusion écrasante des pouvoirs religieux et politiques. Dans la scénographie, dans les apparences des personnages, il a privilégié des images et des contrastes colorés immédiatement lisibles : on sait tout de suite qui est qui. Et l’œuvre vit, et justifie et perpétue sa fascination.

Stéphane Gilbart
(photo Charles Duprat / ONP)