Вернуться ко всем статьям
сент. 2013

Vec Makropulos

Опера
Композитор
Даты выступлений
Местонахождение
Компания
Vec Makropulos
Janáček
16/09/2013 - 02/10/2013
Paris

Une mise en scène réussie est celle qui donne à mieux voir et à mieux entendre les réalités de l’œuvre qu’elle exhibe. Cela peut-être aussi celle qui en révèle des sens cachés, implicites, ignorés même parfois de son auteur – nous ne prenons pas toujours conscience de ce que nos mots et nos attitudes disent de nous-mêmes -, ou advenus grâce au temps qui a passé (certaines lectures psychologico-psychanalytiques d’œuvres anciennes, certaines actualisations historico-sociales). Krzystof Warlikowski a l’art de faire apparaître les filigranes des œuvres auxquelles il s’attache.

Ainsi avec " L’Affaire Makropoulos " de Leos Janacek. L’intrigue est compliquée qui conjugue une presque centenaire dispute d’héritage et le surgissement d’une cantatrice célèbre, l’étrange Emilia Marty, qui semble en connaître tous les tenants. Qui est-elle donc celle-là qui suscite aussi toutes les convoitises masculines ? On apprendra qu’elle a, jadis, bu un élixir de longue vie, et qu’elle a aujourd’hui… 337 ans ! Mais cet épisode de sa longue existence la convainc d’en rester là, de ne pas renouveler la potion magique et de se soumettre au sort commun. On aura reconnu un thème permanent de la littérature, celui du désir d’éternité et des conséquences de sa réalisation, qui confrontent son " heureux bénéficiaire " davantage aux turpides humaines qu’à un bonheur perpétué.

Dans sa lecture de l’œuvre, ce qui a retenu Krzysztof Warlikowski, c’est le statut de l’héroïne : cantatrice adulée, et cela en tous temps, en tous lieux. Et lui, né dans la seconde moitié du XXe siècle, a aussitôt pensé à une autre adulation, celle qui est vouée aux stars du cinéma. Et voilà pourquoi Emilia Marty a pris les apparences (la perruque blonde, la robe soulevée par l’air d’une bouche d’aération du métro) de Marilyn Monroe. Et voilà pourquoi des images de cette star sont projetées sur un immense écran pendant l’ouverture de l’opéra. Marilyn Monroe, immortelle dans le culte qu’elle a connu, dans celui que lui célèbrent aujourd’hui encore tant d’individus nés bien après sa mort ; un culte dont, génération après génération, les vedettes étoilées constituent les avatars. Il y a les triomphes bien sûr, mais il y a les débâcles, la perte de soi, l’abîme. Warlikowski est un homme d’images scéniques, avec ses thématiques personnelles récurrentes (ainsi, les scènes de confidences dans des salles de bain, les personnages voyeurs derrière une vitre) et des surgissements inédits : ainsi, un immense King-Kong tenant Emilia dans la paume de sa main…

Sa mise en scène ajoute une réelle plus-value à l’œuvre de Janacek, sans porter atteinte toutefois à ce qui lui est évidemment essentiel : sa partition. Dans la fosse, c’est une femme – on doit encore le souligner dans la mesure où c’est rare -, Susanna Mälki, qui fait entendre toutes les subtilités de cette musique-là. Magnifiquement exaltée par la distribution réunie sur le plateau. Quelle belle affaire que cette " affaire "-là !

Stéphane Gilbart

Photo: Opéra National de Paris / Franck Ferville