Voir comme on entend, entendre comme on voit

Musical workComposerDate of performancesCityCompany
La CenerentolaRossini18/12/2019 - 31/12/2019LiègeOpéra Royal de Wallonie - LiègeView performance details
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Rossini, c'est un bonheur musical et vocal. Ses partitions sont le plus souvent pyrotechniques - et cela même dans une œuvre au contenu plus douloureux comme son "Stabat Mater". C'est un artificier multipliant les croches multipliées, les crescendo-decrescendos vertigineux; il n'a pas peur des sommets, là-bas, tout en haut, bien au-dessus de la portée. Il est drôle, immensément drôle, au premier degré comme dans des décalages délicieusement ironiques. Il (se) joue de ce qu'il fait jouer! Mais cette allégresse, qui s'empare du spectateur, exige une concentration intense des musiciens qui font la naître. C'est un spectacle toujours amusant que celui du contraste entre une salle qui éclate de rire et des instrumentistes penchés si sérieusement sur leurs partitions.

A l'Opéra de Liège, pour une Cendrillon sans carrosse-citrouille, mais avec un magicien qui gère la situation pour qu'elle se conclue au mieux (sans chaussure de verre / vair mais avec un double bracelet), cette musique dans tous ses éclats est garantie par la direction clairement affirmée de Speranza Scappucci. C'est non seulement d'une baguette précise qu'elle dirige, mais aussi dans un intense engagement physique. Tout son corps, en bonds et rebonds, devient impulsion, incitation. L'orchestre, ainsi stimulé, répond à ses exigences. Il faut signaler en outre qu'elle mène tout ce beau monde au grand galop. Le plateau, lui aussi, répond à ses attentes, à toutes ses attentes.

Cette musique-là, les yeux fermés, suffirait: on verrait sans peine! Mais Cécile Roussat et Julien Lubek, les deux metteurs en scène et scénographes, en osmose avec le chef, nous la police mieux entender dans ce qu'ils nous donnent à voir. Eux aussi, joue le jeu du conte, dans une exagération maîtrisée. Un plateau tournant donne à voir le logis plus que délabré de Don Magnifico, le trône plus qu'imposant du Prince. Tout est "surjoué"mais sans jamais basculer dans la lourdeur ni la vulgarité. C'est rossinien en fait. 

Et voilà pourquoi, à Liège, on se réjouit de voir comme on entend, et d'entendre comme on voit! De joyeuses fêtes!

Stéphane Gilbart
(photo Opéra Royal de Liège-Wallonie)

Voir comme on entend, entendre comme on voit

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