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Luxembourg, West Side Story, 16/01/2014

West Side Story

A la fin de la représentation, il y a des applaudissements, très nourris, mais il y a aussi des cris et des sifflets - d’approbation ! -, ce qui est la preuve qu’un (plus) jeune public a lui aussi été conquis.

Et pourtant, c’est il y a bien longtemps, en septembre 1957, qu’était créé à Broadway ce " musical " dû à un remarquable quatuor : Léonard Bernstein pour la musique, Stephen Sondheim pour les " lyrics ", Arthur Laurents pour le livret et Jerome Robbins pour la mise en scène. Une production qui a immédiatement rencontré l’adhésion du public, qui a connu un succès incroyable, encore amplifié par la transposition cinématographique de 1961 avec notamment Natalie Wood et George Chakiris. Un demi-siècle plus tard, la fascination opère toujours : ce que les uns retrouvent avec bonheur et émotion, d’autres le découvrent et se laissent emporter.

Il est vrai que le " scénariste " lointain était plutôt de qualité : William Shakespeare et son " Roméo et Juliette " repris quasi tel quel. Le thème de l’amour-passion, qui naît d’un regard et qui balaie tout, ou qui, du moins, croit tout balayer. Le réel s’oppose, le réel s’impose ! Les deux amants ne peuvent pas s’aimer, ils appartiennent à des camps ennemis. Ce qui captive aussi, c’est qu’il s’agit d’une tragédie dont le spectateur, impuissant, assiste au déferlement fatal. Mais cette intrigue, Leonard Bernstein et Arthur Laurents ont eu l’idée géniale de l’importer chez eux, à New York, dans l’Upper West Side, au cœur d’une guerre de gangs; les Montaigu et les Capulet devenant les Jets et les Sharks. Ces affrontements, ce dilemme amoureux, cet engrenage de l’irrémédiable n’ont rien perdu de leur " actualité humaine ".

De plus, cette " immigration " réussie du récit a été enrichie d’une partition, de chants et de chorégraphies, qui multiplient l’œuvre, l’intensifient, la densifient. La partition de Bernstein raconte dans ses notes ce qui se joue, variant les atmosphères, douloureuse, sentimentale, tendre, agressive ou comique ; les chorégraphies si dynamiques de Jerome Robbins font voir les tensions, les oppositions, les révoltes qui habitent les personnages et que leurs mots ne suffiraient pas à exprimer ; les lyrics, les chansons de Stephen Sondheim font entendre comment battent les cœurs, en chœurs, en solos ou en duos. Des chansons qu’on n’oublie pas, qui s’impriment en chacun.

Et tout cela, superbement interprété par toute la jeune troupe réunie dans la production présentée au Grand Théâtre de Luxembourg, nouvelle étape d’une longue tournée européenne, réjouit les spectateurs, toutes générations confondues.

Stéphane Gilbart

(photo Nilz Boehme))