Irakli Murjikneli, Tenor
Irakli Murjikneli

Irakli Murjikneli

Tenor
Bio:
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Reviews
Deux "petits" opéras, deux grands bonheurs sont à l'affiche de l'Opéra de Tours. Intéressant pour sa rareté, né de la dernière plume de Rimsky-Korsakov, "Mozart et Salieri" expédie ad patres, en quarante cinq minutes, le jeune prodige objet de toutes les jalousies du vieux compositeur ascète et empoisonneur. Une belle performance pour les deux seuls et remarquables chanteurs, la basse Mischa Schelomianski qui campe un Salieri de haute stature face au Mozart, en jean-baskets, du brillant ténor Irakli Murjikneli, réunis par la mise en scène de Dieter Kaegi autour d'un piano, qui sera table du repas fatal avant de se faire cercueil. Sous la direction de Vladislav Karklin, cordes et bois laissent affleurer des fragrances de style galant dans la pâte sonore de Rimky-Korsakov avant que les choeurs en coulisse n'enveloppent le défunt dans le pathétique linceul de son Requiem. Loin de la Provence du XVe siècle, Dieter Kaegi installe pour la " Iolanta " de Tchaïkovsky, dans une modernité intemporelle, un jardin d'hiver dont le plafond-miroir reflète la vie, mariant le ciel et la terre. Et sur terre, c'est l'ivresse, avec des choeurs angéliques, avec la fosse symphonique où la baguette de Vladislav Karklin soulève des déferlantes d'émotion. Ivresse aussi d'un généreux plateau où brille encore le duo de Mozart et Salieri au côté de la princesse Iolanta dont "les yeux ne servent qu'à pleurer dans les ténèbres de la nuit" transfigurée par la présence radieuse et la voix de lumière d'Anna Gorbachyova. Grandiose ! Philippe Haller
Philippe Haller
Année 1846. Un orchestrion dans le salon de la grande famille Tchaïkovski. Le petit Piotr, âgé d’alors 6 ans, entend pour la première fois « Vedrai Carino », l’air de Zerlina dans Don Giovanni de Mozart. L’enfant pleure, est bouleversé. Premier choc. Premier éclat de lumière. Face à son insondable mélancolie, l’enfant de verre, comme le surnomme Fanny, sa nounou, cherchera toute sa vie durant ce rayonnement qu’il ne trouvera que dans les œuvres du compositeur salzbourgeois et qu’il considérera comme un dieu. Année 2018. Ce 25 mai on joue sur la scène tourangelle la première de Mozart et Salieri, un opera da camera de Rimsky-Korsakov, sans doute une de ses partitions les moins connues. Tirée de l’œuvre du même nom d’Alexandre Pouchkine, la pièce narre la mort du jeune génie et de son présumé assassin. Au plafond, un lustre à pampilles brille au-dessus d’un gros piano noir qui envahit la scène, réduite pour l’occasion par la fermeture partielle des deux rideaux rouges sur le côté et d’un mur noir à l’arrière. À la scène suivante, la scène de la mort, l’espace se fait plus sombre et plus étouffant, le piano se transforme en table pour le dernier dîner, puis en cercueil. La lumière, elle, baisse petit à petit, le lustre devient un chandelier éteint par Salieri à la fin de l’œuvre après l’Introït du Requiem. À son écoute et devant la grandeur de la musique mozartienne, le vieux compositeur jaloux, ému jusqu’aux larmes, nous rappelle le petit Piotr Ilitch deux siècles auparavant. Interprété par Irakli Murjikneli, le jeune Mozart est plein de vie, détonne et dérange dans le décor noir et gris, s’amuse à sortir du cadre de la scène. Le ténor a un superbe timbre doublé d’une voix puissante. L’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire dirigé par Vladislav Karklin semble, lui, plus en reste et, tout comme Mischa Schelomianski en Salieri, paraît se réserver pour la deuxième partie de soirée. L’œuvre est très courte et malgré la mise en scène de Dieter Kaegi, classique mais efficace, la dimension tragique de la narration peine à atteindre son climax. © Marie Petry « Pourquoi ne puis-je faire comme Rimski-Korsakov ? Pourquoi, chez moi, les trompettes, les trombones soufflent de toutes leurs forces pendant des pages et des pages sans rime ni raison ? » (Tchaïkovski dans une de ses correspondances à Mme von Meck, son amie et bienfaitrice). Fort heureusement, en 2e partie, Vladislav Karklin ne donnera pas raison au compositeur en offrant pour Iolanta une musique pleine de couleurs, tantôt puissante et hardie, tantôt rêveuse et sensible. La soprano sibérienne Anna Gorbachyova-Ogilvie campe une princesse extrêmement touchante et est très investie dans son rôle, comblant ainsi certaines gênes vocales probablement dues au stress. Les décors et les costumes signés Francis O’Connor sont somptueux et confèrent instantanément un caractère onirique et mystérieux à l’intrigue. Dans sa verrière, rose parmi les roses, et confinée dans cet univers, la jeune fille est entourée par ses trois « nounous » interprétées agréablement par Delphine Haidan, Yumiko Tanimura et Majdouline Zerari ainsi que par les femmes du Chœur de l’Opéra de Tours. Ces dernières jouent un rôle important eu égard à la mise en scène, et tiennent leur emploi avec brio malgré de légers décalages avec l’orchestre. Des domestiques (des hommes du chœur) viennent jeter un œil à cette plante rare à travers les vitres de la verrière, d’abord faiblement éclairée, suggérant la cécité de la jeune femme. Au-dessus, un ciel parfois bleu, parfois gris, est projeté grâce à un écran qui fait également office de miroir, reflétant l’action en-dessous et offrant plusieurs points de vue sur une même scène. Lors du grand air d’Ibn-Hakia, interprété par un Aram Ohanian convaincant, Dieter Kaegi nous donne ainsi à voir sur cet écran des images de la radiographie de la jeune fille ou, plus kitsch, des vidéos de cygnes pendant le duo d’amour. De fait, ces moments apportent peu pour l’ambiance et la compréhension de l’œuvre. Dans l’arioso du Roi René, Mischa Schelomianski déploie avec facilité et beauté toute sa palette de graves dans de grandes et belles nuances, d’autant plus que le rôle du père aimant et protecteur lui va à ravir. Avec l’arrivée de Robert et Vaudémont les lampes torches ont remplacé la lumière tamisée, rendant l’ambiance plus fantastique. Le couple formée par Irakli Murjikneli et Javid Samadov fonctionne très bien et les deux chanteurs semblent complices. Le baryton maîtrise parfaitement l’air de Robert même si la voix manque un peu de rondeur tandis que le ténor est toujours d’une impertinente assurance vocale et joue aussi justement le chevalier passionné que le compositeur génial et cabotin. C’est en pleine lumière, une lumière aveuglante et violente sur le plateau, que Iolanta recouvre la vue, mais loin du dénouement joyeux et léger que l’on retrouve dans la plupart des productions, le public assiste alors à une issue tout à fait tragique. Si la scène finale est par ailleurs extrèmement bien orchestrée, elle prend peut-être un peu trop de liberté avec l’œuvre et l’histoire de la vie de Tchaïkovski. Iolanta n’est-elle pas le double de cet enfant de verre, à l’abri dans son cocon familial, et qui, trouvant l’amour, retrouve enfin cette lumière perdue et salvatrice ?
Alice Fiorentini
EXCLUSIVE INTERVIEW Dieter Kaegi, General Director at the Theater Orchestra Biel Solothurn, Switzerland, describes Georgian tenor of the Tbilisi State Opera and Ballet Theater, Irakli Murjikneli, who has once again conquered international audiences with his amazing performance in Switzerland: “I first heard Irakli in an international opera-workshop in Switzerland more than a year ago. He stood out from many other young singers for his musicality, his effortless and beautiful tenor voice, his strong presence on stage and his convincing acting, which is always natural and honest. For our production of Tchaikovsky’s last opera, Iolanta, I was looking for just that kind of singer. I was thrilled when I heard that Irakli was free to come to Switzerland to sing the role of Count Vaudémont in my production of Iolanta. Irakli proved to be the perfect choice! He sings this most difficult role with ease and conviction. It is rare to find singers, particularly tenors, who identify themselves in such a convincing way with their role.” Currently, the Georgian opera singer is based in Switzerland where he is taking part in a number of operas. One of the latest plays, Iolanta was attended by the Ambassador of Georgia to Switzerland David Jalagania, who, after the curtains closed, left “full of pride.” “I was really proud when listening to your brilliant singing. I shared the joy and pleasure of the audience, who demonstrated their excitement and admiration both toward the play and personally you by the wave of ovations,” the Ambassador wrote Irakli soon after. GEORGIA TODAY contacted the renowned Georgian artist and singer to get a deeper insight into his career. How did you get invited to work in Switzerland and perform in front of foreign audience? I met the Director of the Theater Orchestra Biel Solothurn in Zürich a year and a half ago. I was taking part in the annual International Opern Werkstatt workshop that gathers young performers from around the world. One of the founders of the festival and my teacher, Verena Keller, told me Dieter Kaegi, Intendant of Theater Biel, would be there. It turned out he was looking for someone for the role of Count Vaudémont. He liked my performance and after the session approached me and asked if I was free from January 2018. I accepted his offer and within a month, in December 2016, he sent me an agreement to perform 21 performances of Iolanta in five theaters in Switzerland. I was also contacted by the Director of Grand Opera de Tour who asked me to take part in the three performances of the same co-production. I was also offered the chance to sing in Mozart and Salieri, three performances composed by Nikolai Rimsky-Korsakov. Tell us about the performance attended by the Ambassador of Georgia to Switzerland I was excited when the Embassy of Georgia responded to our invitation. I want to express my thankfulness to Ambassador Jalagania and his team for coming. That performance was also attended by the President of the Puccini Festival, my friend Alberto Veronesi, who is also a frequent guest of the Tbilisi Opera. I have cooperated with him on several productions staged in the Tbilisi Opera Theater, including L’elisir D’amore by Donizetti and La Traviata by Verdi. Tell us about life abroad I’m passionate about performing in a foreign country, since when you are a newcomer and the public does not know you well, it’s always interesting to listen to their opinions and impressions about your acting. It’s interesting to collaborate with foreign colleagues, since I learn a lot and develop professionally. The sad part of the story is that I am thousands of kilometers away from home and loved ones. I miss my family, my wife Natia and daughter Sofia. What stood out most in your work on Iolanta? The performance was directed by Dieter Kaegi, one of the most distinguished representatives of his profession I have ever worked with. He goes deeply into the piece, into details and feelings of the characters that are born in the singers. Iolanta is a blind girl, so Dieter brought a girl with vision impairment to the rehearsal, so we could talk to her and understand what it is like to be blind. The play was conducted by Alexander Anissimov, who is considered one of the best interpreters of Tchaikovsky’s pieces. I developed professionally through working with him. Stage designer Francis O'Connor added his note to this fairytale with stage design and wonderful costumes. I prepared my vocal part with the help of my celebrated teacher in Tbilisi Alexandre Khomeriki and, as a result, my vocal performance was praised by the audience and for that I am deeply thankful to him. What are your future plans and when are you coming back to Tbilisi? I’m coming back to Georgia on June 5th after performing in France. I’m now preparing for the premiere of Simon Boccanegra by Verdi. Next season I’ll perform in Viktor Dolidze’s Keto and Kote in Tbilisi Opera, singing Kote’s part; I’ll sing in all upcoming performances, for which I am extremely thankful to Badri Maisuradze. I also have a few upcoming auditions in several big theaters. I’ve already agreed to perform in La Boheme by Puccini in Theater Biel. In total, I’ll be in around 45 performances aboard within the next two years. Lika Chigladze
Lika Chigladze