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Psyché, Lully
C: Christophe Rousset
Molière ou l'art du spectacle total

Sil y a un écrivain populaire, c’est bien Molière. Regardons autour de nous, le monde est peuplé de ses per sonnages. Partout des Harpagon, des Alceste, des Célimène, des Tartuffe, des Armande, des Trissotin, des Scapin, des Monsieur Jourdain, des George Dandin... À propos de George Dandin, Mon therlant racontait que sa grand-mère, qui l’avait emmené voir cette pièce à la Comédie-Française, s’était levée brus quement: «Allons-nous-en! C’est trop bête. » Eh, bien, n’en déplaise à cette dame, nous irons voir George Dandin à l’Opéra royal de Versailles joué et mis en scène par Michel Fau. «En 1668 , nous dit dans son introduc tion un petit manuel des classiques sco laires, Molière est déjà un homme de théâtre reconnu, et Louis XIV lui com mande une comédie-ballet pour fêter une victoire militaire. Pour ce grand divertis sement royal, l’auteur écrit George Dan din avec le compositeur Lully. » Reve nons à Michel Fau : « Ce quim’intéressait avec George Dandin, c’est justement l’histoire de ces intermèdes musicaux qui ne furent presque jamais donnés depuis sa création. Je me suis rendu compte que cette musique était non seulement Date : Du 18 au 19 septembre 2021 Pays : FR Périodicité : Quotidien OJD : 305701 Page de l'article : p.28-30 Journaliste : ANTHONY PALOU Page 2/3 Tous droits réservés à l'éditeur VERSAILLES 3133071600507 magnifique , mais apportait aussi un regard différent sur la pièce. J’ai essayé de retrouver l ’esprit et le style de ce théâ tre-là, l’esprit de Versailles. Ainsi ai-je demandé à Christian Lacroix d’imaginer les costumes, de réinventer un cadre baroque, comme à l’époque. Je ne voulais ni modernisation ni reconstitution histo rique. Alors, j’ai essayé d’imaginer un théâtre du XVIIe siècle avec les moyens d’aujourd’hui. » Maison hantée Quant à la musique de Lully, «c’est le jeu ne chef Gaétan Jarry qui la dirige, poursuit Michel F au. Au début, on a l’impression que les intermèdes sont vraiment là comme un divertissement puis on se rend compte que celui-ci est un écho à la pièce, un écho qui la contredit et l'enrichit. » Louis XIV aimait les farces et George Dandin en est une bien bonne. Mais «derrière la farce, dit Michel Fau, il y a un côté tragique, comme toujours chez Molière. La méchan ceté de la pièce amuse encore. » Sous la légère feuille de thé moliéresque qui flotte à la surface, le tragique toujours infuse. Michel Fau avait mis en scène un opéra à Versailles (Dardanus, de Rameau) mais n’y a jamais joué : « Ce théâtre est magnifique et son acoustique extraordi naire. Nous avons essayé de faire une scénographie qui peut aussi bien s’adap ter aux petits théâtres qu’aux grandes salles modernes. Il y ace décor un peu cauchemardesque, cette maison un peu hantée de Dandin qui ira très bien au teint de Versailles. » Quant à Denis Podalydès, dix ans après, il remonte son cher Bourgeois gentil homme et son approche est toujours la même : « Célébrer la réunion des arts (de la musique, du chant, de la danse, des armes et du théâtre qui les contient tous) dans une comédie dont le protagoniste est un ignorant parfait, voilà un sujet extraordinaire : celui qui a l’argent n’y connaît rien. » Ce qui touche et enchan te Denis Podalydès chez Monsieur Jourdain, c’est bien « ce rêveur au milieu d’une famille qui ne rêve pas et qui a néanmoins ses raisons, sa dignité. Il est un amoureux des arts qui pourtant le lui rendent si mal. Il est plein de cette énergie prodigieuse pour s’élever vers un monde qui le méprise.» Molière est, depuis l’école, le camarade de jeu de Denis Podalydès. Et lorsqu’on devient com me lui sociétaire de la Comédie-Fran çaise, Molière est un point de rallie ment, «un étendard et une obligation. Ony est sans cesse ramené puisque c’est l’auteur qui identifie ou authentifie la Maison. » Oh, ce n’est pas ce côté offi ciel qui porte son enthousiasme, «c’est le poète, son irrésistible génie dramati que». Six heures de spectacle Vincent Dumestre dirige le Poème har monique depuis 1998. Ce musicien est sans aucun doute l’un des artisans les plus inventifs et polyvalents du renouveaubaroque, un des plus grands musi ciens d’instruments premiers à cordes pincées. Peu dire que sa maison est le Grand Siècle, celle des deux Jean-Bap tiste, Poquelin et Lully, époque où, ditil, « il n’était pas inhabituel dans une soi rée qu’une œuvre théâtrale lyrique soit entrelardée de ballets dansés, d’intermè des musicaux à quoi s’ajoutaient donc au théâtre la danse, l’art lyrique, l’orches tre... C’était parfois six ou sept heures de spectacle ininterrompus!» Selon Vin cent Dumestre, « quand on se remémore tous les spectacles qu’y ont donnés les deux Jean-Baptiste, jouer ce répertoire à Versailles fait frémir ! Je suis particuliè rement heureux d’y montrer la facette musicale de ces œuvres - Le Bourgeois gentilhomme, Monsieur de Pourceaugnac, la Pastorale comique... Le génie de Lully permet une dramaturgie toute théâtrale particulièrement présente dans ces comédies. D’où la création de ce pro gramme de concerts où la théâtralité des chanteurs n’est pas en reste.

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18 September 2021static1.chateauversailles-spectacles.frANTHONY PALOU

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